Alcibiade Minel – Arranger pour la voix.
Hors-série Les Voix Animées 2026
Les Voix Animées nous proposent cette année un tour de chant : un spectacle où nos chanteurs reprendront par cœur des chansons populaires tirées de leur site www.bouquetdechansons.com, avec allégresse et liberté. Alcibiade Minel, arrangeur fidèle des Voix Animées, nous dévoile son travail d’arrangement.
Pouvez-vous présenter votre parcours et votre relation avec Les Voix Animées ?
Mon activité principale est celle de pianiste, mais j’ai également une activité d’arrangeur, voire de compositeur (je travaille depuis quelques années sur un projet de musique de jeu vidéo). J’ai été, pendant quelques années, pianiste accompagnateur de la classe de chant de Luc Coadou ; c’est ainsi que j’ai pu assister aux débuts des Voix Animées. J’ai été, je crois, le premier arrangeur auquel ils ont fait appel pour étoffer leur répertoire.
Pour ce « Tour de chant », Les Voix Animées reprennent des chansons populaires de différents répertoires, de Clément Janequin à Serge Gainsbourg, des Beatles à Boris Vian : comment se passe votre travail d’arrangement ?
Lorsque je commence à travailler sur l’arrangement d’une chanson, je me pose généralement beaucoup de questions sur la liberté que je dois prendre — ou non — par rapport à l’original, et à ce que l’auditeur s’attend à entendre. Et la réponse n’est jamais tout à fait la même. Il s’agit pour moi d’arbitrer entre le plaisir, pour l’auditeur, d’entendre et de reconnaître la chanson telle qu’il la connaît, et celui d’en découvrir une version nouvelle. Mais je choisis assez fréquemment la simplicité !
Quelle est la particularité d’arranger des chansons populaires pour un ensemble vocal en général, et pour Les Voix Animées en particulier ?
La particularité d’écrire pour un ensemble vocal a cappella tient au fait que la voix n’est pas un instrument tout à fait comme les autres. Elle est toujours en lien avec la parole, et un texte.
On a bien sûr la possibilité de traiter la voix comme un instrument, à l’aide d’onomatopées appropriées : par exemple « ah » ou « ouh » pour évoquer une ligne de violons, ou « doum, doum, doum… » pour suggérer une contrebasse jouant une walking bass. Mais il est souvent intéressant de limiter ces évocations instrumentales et de chercher à traiter la voix dans son rôle premier, avec le texte distribué à toutes les parties.
Concernant Les Voix Animées en particulier, il faut notamment tenir compte des tessitures des différents chanteurs. Par exemple, la partie la plus grave est généralement assurée par Luc, dont la tessiture est celle d’un baryton plutôt que d’une basse grave ; cela influe sur le choix d’une tonalité adaptée à l’ensemble. Autre point notable : ils font souvent appel, pour la partie centrale, à un contre-ténor, c’est-à-dire un homme utilisant sa voix de tête dans une tessiture étendue dans l’aigu. Cela ouvre des possibilités spécifiques qu’il m’est arrivé d’exploiter.
Quels types de chansons avez-vous le plus de plaisir à adapter ?
Les chansons qui me plaisent généralement le plus à arranger sont celles du répertoire populaire appartenant au domaine public (par exemple « Mon beau sapin », que j’ai réalisé récemment pour eux). Elles ne portent pas tout le poids d’une version de référence unique, comme c’est souvent le cas pour les chansons d’auteur. Elles existent plutôt à travers un faisceau de traditions. Lorsque je m’y attelle, j’essaie souvent de me rapprocher d’une harmonisation » archétypale » — quitte à la détourner ensuite. Lorsqu’on la trouve, elle doit susciter chez l’auditeur une forme d’évidence : « oui, c’est comme cela que j’ai toujours imaginé cette chanson ».
Fabrice Lo Piccolo