Amala Dianor – Peace, unity, love & having fun

DANSE

Festival L’ImpruDanse – Théâtres en Dracénie

Draguignan – Du 24 mars au 2 avril

Amala Dianor est doublement présent sur le Festival L’impruDanse, avec le solo « Wo Man » et sa nouvelle création « Point Zero ». Rencontre avec un chorégraphe majeur qui n’a de cesse d’interroger et de renouveler le hip hop en le mêlant à de nouvelles esthétiques.

Dans ces spectacles, vous interrogez  les valeurs du hip hop, c’est une danse qui est plus que jamais actuelle ?

Plus que l’interroger, je convoque l’esprit de la culture hip hop : le partage, la notion de défi, le « peace, unity love and having fun ». Dans ces pièces, j’essaie de montrer un rapport à la légèreté, à la musicalité et à cet état d’esprit.

Dans Point Zero, vous dansez avec Jo- hanna Faye et Mathias Rassin, pourquoi ce choix ?

Je connais Mathias depuis plus de vingt ans. C’est un incroyable danseur de hip hop, six fois champion du monde de top rock, réputé dans le monde du hip hop et des battles. Johanna est codirectrice du CCN de Rennes. C’est une danseuse de hip hop, qui a déplacé sa danse ailleurs, avec une gestuelle qui lui est propre. Dans « Point Zero », nous retrouvons donc Johanna et moi, issus de la danse hip hop, mais qui nous sommes déplacés vers d’autres types de danse et Mathias en point d’orgue, qui a continué à creuser dans cette danse. C’est une manière pour moi de convoquer nos danses actuelles, imprégnées de danse hip hop.

Comment est née l’envie de « Wo Man », cette extension féminine de votre solo « Man Rec » ?

Il y a de nombreuses années que je réfléchis à transmettre ce solo. Avec le temps, j’ai perdu la vitalité que j’avais au début, qui s’est transformée en meilleure maîtrise de la partition. Je voulais qu’il soit repris. J’ai casté un homme mais ça ne fonctionnait pas, car c’est un solo beaucoup trop personnel. Alors j’ai sollicité Nangaline Gomis, qui avait déjà repris un extrait de « Man Rec » lors de ses études, et j’ai adapté le solo pour elle. J’ai repris quelques mouvements de mon solo, puis l’ai fait évoluer. Il y a deux parties. On voit une jeune fille qui se déplace sur scène, déplaçant le solo ailleurs. Elle a vingt-quatre ans, c’est une métisse franco-sénégalaise et une interprète incroyable qui s’est vraiment appropriée cette pièce.

Une fois de plus vous travaillez avec Awir Leon, qu’est-ce que le musicien apporte à vos créations ?

Nous collaborons depuis 2011, avant tout c’est un ami. Il avait composé la musique de « Man Rec », à l’époque. A chaque nouveau spectacle, on se challenge, sans sa- voir ce que l’on va faire. Pour « Point Zero », Awir a créé un dispositif de pads où sont enregistrés des  sons et qui sont placés sur scène. La musique est créée en live par les danseurs, en superposant ces sons. Pour « Wo Man », il a repris quelques éléments de « Man Rec » et a composé autour.

Pouvez-vous nous parler de votre processus d’hybridation des danses hip hop, contemporaine et africaines ?

C’est le résultat de ce que je suis en tant qu’individu. Je suis né au Sénégal et suis arrivé en France en 83. C’était du temps de l’émission « H I P H O P » de Sidney. Je me suis mis à faire des battles, j’ai été impliqué dans un groupe de rap… Puis je me suis inscrit au CNDC d’Angers, où j’essayais de mélanger ce que j’apprenais avec ce que j’étais en tant que danseur, à cette gestuelle qui est propre à ce qui m’a traversé. Quand je monte un projet, je m’interroge sur la manière dont je vais pouvoir faire dialoguer les danseurs, que chacun reste lui-même, en amenant une partie de lui et en s’appropriant la chorégraphie. C’est intéressant et intense de travailler avec plein de caractères différents.

Fabrice Lo Piccolo