Anne Mirou & Fabio Marra – Voyage au cœur de la composition.
Anne Mirou, compositrice et arrangeuse, et Fabio Marra, compositeur et directeur d’orchestre, sont des collaborateurs fidèles des Voix Animées. Cette année, à l’abbaye du Thoronet, l’ensemble vocal reprend deux motets qu’ils ont créés pour eux, respectivement « O magnum mysterium » et « Gloria Domini in saeculum ».
Quelle est votre relation avec Les Voix Animées ?
Anne : J’ai rencontré Les Voix Animées par le biais d’un ami qui fait le même travail que moi. Laurence et Luc avaient sollicité Alcibiade Minel pour une importante commande d’arrangements, et il me les a présentés pour que je puisse y participer. Depuis, je collabore avec eux chaque année, à la fois sur des arrangements et, plus récemment, sur de la pure composition. Nous avons une estime réciproque forte.
Fabio : J’ai eu le grand plaisir d’entendre à plusieurs reprises Les Voix Animées lors de concerts dans la splendide abbaye du Thoronet et fus tout de suite touché par l’excellente qualité musicale et interprétative de l’ensemble et du raffinement du répertoire proposé.
En conséquence, j’ai rencontré Luc Coadou avec qui je me suis tout de suite entendu sur les particularités de la polyphonie et de la qualité hautement expressive de la voix dans le répertoire contemporain. Ainsi est née la commande des Voix Animées de deux motets pour la saison 2024 de leur cycle de concerts « Entre pierres et mer ».
Comment s’est passée la création de vos motets et quelle est la particularité de composer pour Les Voix Animées ?
Anne : Le motet est une forme ancienne : on part généralement d’une mélodie existante autour de laquelle on compose. La commande était assez précise : écrire dans mon style, mais en m’inspirant de l’écriture ancienne. Je suis partie du chant « Adeste Fideles ». J’ai utilisé la mélodie en latin, que j’ai adaptée en valeurs très longues pour le ténor, c’est d’ailleurs l’origine du mot tenor, qui vient de “teneur”, celui qui tient la ligne principale. À partir de là, j’ai composé autour de cette mélodie et sur le texte « O Magnum Mysterium » qui m’a été suggéré par Luc. Il évoque le grand mystère de la Nativité. Il y a donc une forme de fusion entre ces deux matériaux : même si l’auditeur ne reconnaît pas forcément « Adeste Fideles », il en reste une empreinte, un socle invisible.
La particularité ici, c’est l’effectif : une seule voix par pupitre. Ça change complètement la manière d’écrire, parce que chaque chanteur porte sa ligne seul. Il faut en tenir compte à chaque instant. C’est une écriture exigeante, et je reconnais que ce n’est pas toujours simple à chanter — j’en suis un peu désolée pour eux ! On compose souvent pour des ensembles à quatre voix, alors qu’ici il y en a six, ce qui ajoute encore à la complexité.
Fabio : La merveilleuse acoustique de l’abbaye du Thoronet fut pour moi source d’inspiration pour composer ce motet ; j’ai pu travailler sur le son en imaginant l’expansion vocale sous les voûtes cisterciennes dans un rapport polyphonique étendu et évocateur. L’excellence des solistes m’a offert la possibilité d’approfondir la recherche des timbres en rapport étroit avec le texte sacré du motet. C’est un immense plaisir pour moi de collaborer avec Les Voix Animées et Luc Coadou, que je remercie pour la nouvelle occasion qu’ils m’offrent avec cette reprise de « Gloria Domini in saeculum » lors du concert du 29 août au Thoronet.
Fabrice Lo Piccolo