Anne Verdier – Métamorphismes.

Exposition “Terres d’expression 2026“, à la Galerie Joseph Ravaisou à Bandol pour le Festival Bandol Céramique, du 4 au 19 avril 2026.

Anne Verdier est une des cinq artistes céramistes “dont le travail convoque les forces telluriques de l’argile“, et invités à exposer leurs œuvres lors du Festival Bandol Céramique 2026 (ancien Printemps des potiers). Une rêverie au centre de la terre.

Pouvez-vous nous parler de votre démarche artistique, comment décrivriez-vous vos œuvres ?
Tout d’abord je suis céramiste, et je travaille vraiment avec les matériaux traditionnels de la céramique et, en particulier, avec les états des matières. Je cuis dans un four à bois, qui est vraiment le lieu de la création, de la composition des pièces, et qui offre une forme de déplacement par la cuisson vers d’autres volumes. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il n’y a pas vraiment de sculptures préexistantes avant que je cuise. Je rentre dans le four et je construis des formes en associant des éléments dont certains vont servir de structure – ils vont résister à la cuisson – et des éléments qui fondent. Il y en a qui fondent un petit peu, qui sont plutôt pâteux, visqueux et d’autres qui sont en surfusion, qui brillent, qui sont mouillés, ça glisse, ça coule ! C’est le process de base, le four est vraiment central pour  tous les gens qui font de la céramique, mais moi je me concentre particulièrement sur cet aspect-là, j’utilise ce formidable déplacement du four, du propos. Mon
protocole de création est donc de choisir les choses de manière assez précise, je compose pour mettre dans le four, je cuis, et là je regarde ce qui s’est passé et ce qui en général, m’a complètement échappé. J’ai face à moi une nouvelle proposition. J’extrais les éléments du four avec une barre à mine en observant le chaos,
et parfois je retravaille après cuisson à la disqueuse ou au marteau, il y a souvent des parties des éléments qui sont cassées pour laisser voir l’intérieur de la terre.

Est-ce un très grand four ?
Non, il n’est pas très grand ce four. Il fait 1,3 mètre cube, ce qui n’est pas vraiment gros pour un four à bois. Mais il permet de faire beaucoup d’expériences, et c’est ce qui m’intéresse dans cette manière de cuire, la dimension expérimentale.

En m’informant sur votre travail, j’ai relevé ces mots : “…casser chez elle n’est pas détruire“, qu’en pensez-vous ?

C’est comme quand on mange une noix, on casse la coque pour manger ce qu’il y a à l’intérieur ! Le but est de révéler. Quand je défourne je suis à l’échelle de la géode, l’intérieur du four est comme l’intérieur de la terre, c’est une sorte d’expérience du métamorphisme.

Quel travail présentez-vous à Bandol ?
Ce que je présente à Bandol est un peu particulier, c’est une rencontre entre des empreintes de rochers et des éléments industriels, mais le tout est en porcelaine. Cela montre comment la porcelaine peut être utilisée dans l’industrie de manière très technique et précise, mais peut également intervenir dans la rêverie de la sculpture.

Des projets, expositions et autres matériaux à explorer ?
Je suis toujours dans le monde minéral, je cuis même des rochers, des cailloux, pour voir ce qu’il se passe ! Je crois que j’interroge les limites de la céramique. Quant aux projets, je suis avant tout très contente de venir à Bandol. Je souhaiterais saluer l’énergie passionnée des gens de l’association du Printemps des Potiers, qui portent le projet depuis presque quarante ans. Je trouve cela remarquable de faire en sorte de rassembler tous ces “gens de la terre“, potiers ou  céramistes, tous reliés par ce matériau, ça a beaucoup de sens à mes yeux, cela me touche profondément.

Weena Truscelli