Annick Cojean & Sophie Couturier – Sur les traces de l’histoire du féminisme…

“La marche des femmes avec Michelle Perrot“ à la Fête du livre d’Hyères, les 30 et 31 mai 2026, au Forum du Casino.

Annick Cojean est auteure, grand reporter au Monde et Prix Albert Londres. Sophie Couturier, spécialisée en communication pour diverses ONG, a également choisi l’écriture. Engagées dans les causes féministes, elles co-signent chez Albin Michel une BD autour de l’historienne Michelle Perrot, pionnière et grande figure de l’Histoire des femmes. Les dessins sont de Emma Ère. Elles seront présentes à la Fête du Livre d’Hyères, organisée par Les librairies Charlemagne et la municipalité.

Comment est né le projet de “La marche des femmes“ ?

Sophie : Annick et moi avons déjà collaboré en tant que scénaristes pour un roman graphique autour de Gisèle Halimi “Une farouche liberté“, tiré du récit éponyme co-écrit par Annick et Gisèle et notre éditrice de chez Steinkis, qui travaille aujourd’hui chez Albin Michel nous a proposé de réaliser un projet similaire avec Michelle Perrot. Nous étions ravies, mais l’ouvrage sur Gisèle Halimi parle d’une militante, d’une avocate à la vie imbriquée dans ses combats, alors que Michelle Perrot a un regard  d’historienne, nuancé, qui prend du recul. Il nous fallait construire un récit sur l’historienne et non sur la vie de Michelle Perrot et nous avons donc décidé de créer le personnage de Romy, une adolescente qui dialogue avec Michelle et part à la rencontre de cette histoire des femmes, de ses méandres et des mécanismes d’invisibilisation des femmes.

Annick : Il a fallu convaincre Michelle de rentrer dans l’aventure ! Elle déteste se mettre en avant, mais après une légère réticence, nous l’avons persuadée que l’ouvrage mettrait en avant le rôle indispensable de l’historienne pour comprendre le présent, et que le support BD permettait d’expliquer et de transmettre des valeurs de façon ludique à un public souvent plus jeune, qui ne sait pas…

La BD se déroule à Paris, certains français s’agacent que tout se déroule à Paris !

Sophie : Mais Michelle Perrot est née à Paris et habite rue Madame, c’est un cadeau pour un livre sur la marche des femmes ! Ce petit duo pourrait s’exporter, mais Paris offre la matière permettant de retrouver dans le temps et l’espace tous les thèmes que nous souhaitions aborder.

Annick : Il fallait une unité de lieux, la BD se déroule en un week-end, c’est une échappée dans la petite 2CV jaune de Michelle, et Paris rassemble en effet, toutes les grandes institutions qui illustrent les combats dont nous voulions parler.

Le combat féministe est-il en régression ?

Sophie : Je pense qu’il est plutôt dans le brouillard, en souffrance, car #Me Too ou l’affaire Pelicot l’ont bien boosté. Mais il y a un backlash phénoménal partout dans le monde avec cette remontée en force un masculinisme et l’attitude affligeante de nos dirigeants montrant leurs biceps. Dans l’avancée des extrêmes, des dictatures, il est évident que les femmes souffrent, mais elles restent très actives et, même si le mouvement a tendance à se fracturer, ce n’est qu’un moment qu’il faut passer.

Annick : Je ne crois pas qu’il y ait une régression, le combat se renforce, on le sent en parlant avec des jeunes filles, elles sont plus farouchement combatives que nous au même âge. Mais effectivement, il y a une contre révolution, un vent mauvais qui souffle surtout d’Amérique, et puis il y a l’Iran ou l’Afghanistan qui nous rappellent que c’est encore une calamité que de naître fille dans certains pays.

Qu’appréciez-vous dans les rencontres avec vos lecteurs ?

Annick et Sophie : À Hyères nous avons de supers souvenirs avec l’équipe de la librairie Charlemagne et des gens vraiment sympas et chaleureux, qui reviennent parfois d’une année sur l’autre. Nous avons des échanges très intimes avec certaines lectrices, et puis, voir venir des jeunes hommes souriants, qui ne se sentent plus attaqués, et nous disent qu’ils ont enfin compris, c’est merveilleux !

Weena Truscelli

Un grand entretien se déroulera avec Annick Cojean et Sophie Couturier le samedi 30 mai à 15h durant la Fête du Livre d’Hyères.