Anthony Marciano, Raphaël Quenard & Jean-Pascal Zadi – L’amitié pour empire.
« Le rêve américain », sortie en salle le 18 février.
Le cinéma Pathé La Valette accueillait l’équipe du film « Le Rêve américain » pour une avant-première exceptionnelle. À cette occasion, le réalisateur Anthony Marciano et son duo d’acteurs, Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi, se sont confiés sur cette épopée humaine inspirée d’une histoire vraie sur une ascension fulgurante vers les sommets de la NBA.
Anthony votre film s’inspire de l’ascension réelle de Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana, des agents partis de rien pour conquérir la NBA. Pourquoi était-il crucial pour vous de filmer les coulisses de leurs débuts ?
Parce que les empires reposent souvent sur une succession d’échecs. Ce qui me fascine, c’est cette persévérance absolue de gens qui se lancent à corps perdu dans une aventure. Pour moi, il était indispensable de montrer leur réalité sociale modeste et leur situation extrêmement précaire pendant des années. Ils devaient faire bonne figure devant leurs clients alors que tout était à la limite de s’effondrer. Le film raconte que la réussite passe autant par la solidité des structures et de l’entourage, notamment leurs épouses Fatoumata et Aby, que par le talent pur.
Jean-Pascal et Raphaël, vous incarnez ce duo avec une dynamique très particulière, loin de la comédie de « potes » habituelle. Comment avez-vous travaillé cette amitié qui, à l’écran, semble ne jamais pouvoir se briser, même dans l’adversité ?
Jean-Pascal : Ce qui m’a marqué, c’est justement l’absence de conflit entre eux. C’est une amitié solide du début à la fin, dont l’adversaire est le monde entier. Le fait d’être déjà amis avec Raphaël dans la vie a facilité les choses.
Raphaël : Cette confiance nous permet d’oser nous dire les choses sur notre jeu, sans barrière. C’est ce qu’on a cherché à retranscrire : quand l’un démarre quelque chose, l’autre suit toujours. C’est une bienveillance pure que nous avons observée chez les vrais Bouna et Jérémy.
Raphaël, on vous connaît pour des rôles de personnages volubiles qui occupent l’espace. Ici, vous êtes amené vers une forme de retrait et de fragilité. Est-ce que ça a été un défi pour vous de jouer « l’écoute » plutôt que « l’action » ?
Absolument. J’aimais l’idée que mon personnage accepte de se mettre en retrait et revendique d’être le « numéro deux ». C’est fascinant d’incarner quelqu’un qui œuvre à quelque chose de plus grand que lui. C’est un jeu qui demande d’être dans l’observation, dans l’attente, ce qui change de mes rôles précédents.
Le film adopte le point de vue des agents débutants plutôt que celui des joueurs sur le terrain. En quoi ce décalage permet-il de raconter une autre vérité du sport professionnel aujourd’hui ?
Anthony : Le cinéma de sport choisit presque toujours le regard des joueurs. En choisissant deux agents en marge du système, on confronte le « rêve américain » à une réalité beaucoup plus difficile. C’est l’histoire de ceux qui tentent d’entrer dans un système verrouillé. On y découvre que même avec des joueurs en NBA, cela peut rester la galère au quotidien. C’est une vision différente du sport : comment deux Français lambda finissent par gérer des contrats à 450 millions de dollars.
Jean-Pascal, vous évoquiez le fait que ce film est, d’une certaine manière, « militant », pourquoi ?
C’est un film qui encourage à rêver grand, peu importe d’où l’on vient. En général, on ne met pas assez en avant ces parcours de gens qui partent de rien et qui réussissent à force de persévérance. Pour moi, il ne faut jamais s’arrêter sur ses acquis, mais toujours chercher à aller plus haut, comme l’ont fait Bouna et Jérémy.
Julie Louis Delage