
Beata Virgine – Dévotion mariale post tridentine à la Chapelle Sixtine.
Hors-Série – Les Voix Animées
Le 13 septembre à la Collégiale de Lorgues, le 14 septembre à l’abbaye de Silvacane à La Roque-d’Anthéron, le 16 septembre à l’église Notre-Dame des Blancs-Manteaux à Paris.
Giovanni Pierluigi da Palestrina est un compagnon de route de longue date des Voix Animées. L’Ensemble poursuit sa découverte de l’œuvre monumentale du maître en interprétant la messe à 6 voix « De Beata Virgine », messe paraphrase sur des thèmes grégoriens, célébrant la Vierge Marie. « Beata Virgine » est le troisième et dernier programme de notre cycle de concerts « Entre pierres et mer » #14.
La place de Palestrina dans l’histoire de la musique et notamment dans celle de la musique sacrée est unique. Sa figure tutélaire fut quasiment « canonisée » au XIXe siècle par le chanoine Giuseppe Baini directeur musical du chœur de la Chapelle Pontificale dans son ouvrage « Memorie storico-critiche della vita e delle opere di Giovanni Pierluigi da Palestrina ». Le mythe du « Prince de la musique » influença grandement l’image que le XIXe siècle se faisait de la Renaissance. Ainsi personne n’a usé plus que Victor Hugo de libertés avec l’histoire, et nulle part peut-être il ne les a portées aussi loin que dans la pièce fameuse du recueil « Les Rayons et les Ombres », où il affirme « que la musique date du XVIe siècle », et où il fait de Palestrina le créateur du monde vivant des sons :
« Puissant Palestrina, vieux maitre, vieux génie,
Je vous salue ici, père de l’harmonie,
Car, ainsi qu’un grand fleuve ou boivent les humains,
Toute cette musique a coulé de vos mains !
Car Gluck et Beethoven. rameaux sous qui l’on rève.
Sont nés de votre souche et faits de votre sève !
Car Mozart, votre fils, a pris sur vos autels
Cette nouvelle lyre inconnue aux mortels,
Plus tremblante que l’herbe au souffle des aurores.
Née au seizième siècle entre vos doigts sonores ! »
Victor Hugo
Si la musique de Palestrina ne quitta jamais vraiment le répertoire de la liturgie vaticane, au fil du temps, un gouffre s’est progressivement creusé entre l’esprit et la lettre, entre une musique écrite, rééditée et un savoir-faire musical vivant oublié, ignoré. Pour exemple, parmi les conseils abondamment prescrits pour une interprétation musicale juste du répertoire palestrinien, il circulait notamment la recommandation suivante concernant l’effectif : un grand chœur de plus de quatre-vingts voix, si possible non visible par les auditeurs afin de garder à la musique et au texte toute sa dimension sacrée voire surnaturelle… Avec Les Voix Animées nous sommes six, seulement six ! Entre les musiciens du XIXe siècle qui pensaient la musique à l’aune de leur création contemporaine et les musiciens du XXe à la pratique historiquement informée nous pouvons aujourd’hui grâce à un travail artisanal de ce répertoire, proposer une interprétation vivante et éclairée dont le seul souci est de rendre hommage à la pensée du maître de la polyphonie du XVIe siècle et, de vous convaincre.
Retrouver et interpréter la musique de Giovanni Pierluigi da Palestrina est toujours une joie accompagnée par la certitude de vivre une expérience spirituelle et artistique unique. Nous vous proposons aujourd’hui la Missa « De Beata Virgine » à six voix. Cette messe est l’un des exemples de la capacité de Palestrina à transformer les mélodies grégoriennes en thèmes musicaux qui répondent entièrement à ses propres exigences contrapuntiques. L’œuvre est une messe paraphrase, reprenant les chants des messes I, IX et XVII tels que présentés dans la collection de plain-chant « Liber Usualis » et les intégrant dans une structure polyphonique nouvellement composée. La Missa « De Beata Virgine » est ainsi appelée parce qu’elle emploie des mélodies liturgiques utilisées le jour de la fête du même nom.
Des motets sur des textes extraits du « Cantique des cantiques » de Tomás Luis de Victoria, disciple de Palestrina, complètent ce programme.
Giovanni Pierluigi da Palestrina est né vers 1525 à Palestrina à une quarantaine de kilomètres de Rome. Son art du contrepoint, pris comme modèle par des générations de compositeurs, a su concilier les objectifs esthétiques de la Contre-Réforme et la perfection du « stile antico ». Giovanni Pierluigi passa toute sa vie à Rome au service de la papauté. En 1555, contraint de quitter la Cappella Sistina à cause de la règle du célibat nouvellement appliquée aux chantres, il devient maestro di cappella de San Giovanni in Laterano. De 1571 à sa mort en 1594, il est maître de chapelle à la Cappella Giulia, où il restera jusqu’à la fin de sa vie.
Tomás Luis de Victoria est né près d’Avila à Sanchidrián vers 1548. Orphelin de père très jeune, il devient chantre à la cathédrale d’Avila. Après la mue en 1565, il est envoyé à Rome chez les jésuites du Collegium Germanicum. Il y rencontre Giovanni Pierluigi da Palestrina dont il devient le disciple. En 1573, il succède à son maître au poste de maître de chapelle du Séminaire romain. De retour à Madrid en 1587, il est nommé chapelain du Couvent Royal des déchaussées où s’était retirée la fille de Charles Quint, l’impératrice Marie d’Autriche, veuve de Maximilien II. En 1603, il compose pour les obsèques de cette dernière son « Officium Defunctorum ». Tomás Luis de Victoria s’éteint à Madrid le 27 août 1611. Sa musique, d’une intense spiritualité, respecte et sublime les canons de la Contre-Réforme catholique.
Programme
Haec Dies • Giovanni Pierluigi da Palestrina
Nigra sum • Tomás Luis de Victoria
Assumpta est maria • Giovanni Pierluigi da Palestrina
Vadam et circuibo in civitatem • Tomás Luis de Victoria
Beata Barbara • Giovanni Pierluigi da Palestrina
Vidi speciosam • Tomás Luis de Victoria
Missa « De Beata Virgine » • Giovanni Pierluigi da Palestrina
Viri Galilaei • Giovanni Pierluigi da Palestrina
Distribution
Anara Khassenova, soprano
Sofie Garcia, soprano
Laurence Recchia, alto
Damien Roquetty, ténor
Cyril Tassin, ténor
Luc Coadou, basse