Charles Berling – Une famille face à ses propres contradictions.
Lost and found, du 7 au 18 octobre au Liberté à Toulon
Charles Berling, ancien directeur de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, met en scène « Lost and Found » de Lars Norén, sa deuxième création consacrée à l’auteur suédois après « C’est si simple l’amour ». Une tragi-comédie familiale qui observe avec lucidité et tendresse les relations entre générations, dans un dispositif scénique où les spectateurs prennent place au cœur de l’action.
C’est la deuxième pièce de Lars Norén que vous mettez en scène. Qu’aimez-vous chez cet auteur ?
C’est un auteur qui n’est pas moraliste. Il dépeint l’espèce humaine avec beaucoup de clairvoyance, parfois même de cruauté, mais aussi avec une infinie tendresse. Il porte un regard très juste sur la société d’aujourd’hui, sans jamais tomber dans le manichéisme. On a trop tendance à vouloir créer des œuvres « à message », qui nous diraient ce qu’il faut penser. Norén se place ailleurs, dans un endroit que j’aime beaucoup dans l’art dramatique : le tragique humain et l’observation de ses contemporains. Dans « Lost and Found », on voit une famille qui éclate sous nos yeux : deux parents, un couple de gauche plutôt bien-pensant, qui arrive au bout de son histoire, et leurs deux enfants adolescents, une fille de dix-neuf ans et un garçon de seize ans. La pièce observe ce qu’ils deviennent et ce qui se joue entre eux.
La pièce aborde des sujets graves, mais elle possède aussi une véritable dimension comique.
Absolument. Lorsque j’ai découvert ses pièces inédites en France, j’ai été attiré par ce théâtre qui ne ménage pas le spectateur et qui peut aller très loin dans le tragique. Mais Norén présente lui-même son œuvre comme une tragi-comédie. On a besoin à la fois de lucidité, de convivialité et de rire ensemble. C’est un théâtre très jouissif. Il peut être sombre, mais il ne s’agit jamais de sombrer dans le catastrophisme. Il y a au contraire une grande vivacité, quelque chose de jubilatoire. Même lorsque les sujets abordés sont graves, cette dimension comique permet de continuer à regarder l’humanité sans désespérer.
Vous avez choisi une mise en scène au milieu du public, dans la petite salle du Liberté. Pourquoi ce dispositif ?
En tant que directeur de théâtre, j’ai toujours eu à cœur de mettre le public à contribution et de travailler sur le rapport aux publics de la manière la plus conviviale possible. Dans notre société de plus en plus machinique et marquée par la solitude, avec nos smartphones et nos écrans, les institutions théâtrales ont encore davantage de valeur lorsqu’elles permettent cette convivialité. Je ne voulais pas que les spectateurs observent simplement cette famille de loin. Je voulais qu’ils puissent être dans son salon. La salle se prête particulièrement bien à ce dispositif. Le public n’est pas pris à partie, mais il se retrouve au cœur de cet espace de jeu, comme si nous étions tous réunis au milieu de ce groupe humain.
Quels retours aviez-vous reçus sur votre précédente mise en scène de Lars Norén ?
Ils étaient très bons. J’ai constaté que la cruauté du langage pouvait parfois choquer certains spectateurs, mais le public était aussi très ému. Cela me semble encore plus fort avec « Lost and Found » : la famille concerne tout le monde. La pièce peut donc trouver de nombreux échos chez les spectateurs. Nous avons aussi souhaité travailler sur cette pièce avec l’équipe de la scène nationale parce que, depuis plusieurs années, un important travail est mené avec les enfants et les adolescents. Cette pièce nous intéressait particulièrement pour ce qu’elle raconte du rapport entre les générations.
Vous avez notamment choisi de jeunes comédiens pour incarner cette génération.
Je suis très heureux de découvrir cette jeune génération avec Louise (Arcangioli) et Pierrick (Grillet). Je suis très attentif à cette jeunesse. J’ai arrêté mes fonctions de directeur de théâtre, je passe progressivement la main, le temps passe, et je suis particulièrement sensible à cette génération qui arrive dans un monde chaotique et violent. Ce sont eux l’avenir. C’est passionnant de travailler avec eux et, pour Bérangère (Warluzel) et moi, de découvrir cette génération. Nous avons organisé un long stage avec de jeunes comédiens pour trouver ces talents. J’ai aussi constaté à quel point le contexte professionnel est fragilisé. Il faut beaucoup de courage et d’ambition pour se lancer aujourd’hui dans ce métier. Mais ce qui est formidable, c’est que ces jeunes sont très joyeux, très engagés et qu’ils ont véritablement envie de travailler et de vivre cette pièce..
Fabrice Lo Piccolo