Damien Droin – Ouvrez la cage.

CIRQUE
« Open cage »
« Entre deux mondes »
En résidence

Après une longue période de convalescence, Damien, un de nos plus éminents artistes de cirque local, était pressé de retrouver ses pratiques du trampoline, du funambule. De la voltige, toujours esthétiquement mêlée à la beauté d’autres arts : danse, théâtre, musique… Avec une série de résidences, il peut, enfin… sortir de sa cage!

Cette cage ouverte est une métaphore de la situation actuelle ?

Au départ, ce n’est pas forcément pensé comme ça. C’est un spectacle créé en 2019 pour la Biennale des Arts du Cirque, mais j’ai souhaité le retravailler et l’améliorer. Il parle de folie : nous sommes dans une chambre d’asile psychiatrique, avec cet homme, enfermé, et une femme qui joue le rôle de celle qui habite sa folie et de l’infirmière qui assiste peu à peu à sa chute. La chambre se transforme aussi, tout s’échappe, l’infirmière part avec lui, dans son monde… La structure a une place particulièrement importante… C’est une scénographie modulable, l’incarnation d’un espace mental, de sa cage à lui, ces barrières mentales qu’il peut décider d’ouvrir. Cela représente toutes ces barrières que nous nous créons, mais qui, en réalité, n’existent pas. Lui repousse un peu plus loin sa frontière du réel.

Que travailles-tu en résidence ?

On finalise l’écriture qui est déjà bien avancée. J’ai eu une grave blessure, aux deux tendons d’Achille, et c’est la première fois que je remonte sur scène depuis deux ans. Nous sommes au palais des congrès du Mans, pour travailler la lumière et les détails esthétiques et dramaturgiques. C’est un mélange de voltige et de suspension. On y retrouve du funambule et du trampoline, mes spécialités, mêlées cette fois à des cordes verticales. Mais je souhaitais que ces cordes soient magiques, j’ai donc fait appel à un magicien. Elles peuvent bouger, disparaître, telles le personnage qui peut reprendre pied ou replonger dans sa folie. C’est un aller-retour entre rêve et réalité. On parle de liberté, d’envol, d’un personnage qui a perdu le chemin, et de celle qui essaie de le lui faire retrouver. Ce spectacle est une rencontre entre le cirque, le théâtre, la danse, avec une touche de magie. Il représente trois ans de travail, c’est beaucoup d’investissement, et je souhaite le faire vivre encore.

Sarah Devaux est ton alter-ego dans ce spectacle ?

Oui. Il parle aussi du double, d’un double qui est à un autre endroit, mais qui essaie de le reconnecter. Ces deux endroits différents se retrouvent dans les types de voltige qui s’opposent : celle au trampoline est irrémédiablement attirée vers le bas, alors que celle à la corde est par essence une ascension. Le trampoline est la quête de cette ascension mais le bas te rattrape et te rappelle d’où tu viens. C’est la capacité de l’homme à persister et à inventer des moyens nouveaux d’atteindre l’inaccessible, d’atteindre cet espace du haut, habité par cette fille…

Pendant le spectacle, la musique est crée en direct…

Oui, dans le travail de la compagnie, il y a toujours de la musique originale et des compositeurs. Là, Benjamin Viq a créé toute la bande son. Nous souhaitons faire correspondre la musique à l’univers scénographique et dramaturgique. Nous avons réécrit une bonne partie de la bande-son. A la base, nous avions plutôt des morceaux qui s’enchainaient et j’ai souhaité créer quelque chose de plus cinématographique, qui accompagne cet univers de folie et de lumière.

Vous travaillez sur d’autres spectacles ?

Nous sommes en résidence à Grasse pour « Entre deux mondes », un spectacle à quatre interprètes, dont une chanteuse lyrique. Il se déroule autour de l’accronet, une immense toile tendue, de quasiment dix mètres par dix mètres, agrès que j’ai créé il y a dix ans. La toile se transforme en permanence, grâce à des projections : on passe de la mer à la montagne… basculant dans des univers complètement différents. Je suis en sortie de résidence, nous créerons le spectacle en février aux Théâtres en Dracénie à Draguignan.

Mai 2021