Elisabeth Chailloux, le théâtre c’est se mettre à la place de l’autre.

Des Roses et du Jasmin, vendredi 13 et samedi 14 avril au Liberté Scène Nationale.

 

Miriam, israëlienne, tombe amoureuse de John, un officier anglais, en Palestine. Ils auront deux filles : Rose et Yasmin. Elles qui ne se connaissaient pas, partageront un même destin tragique. Adel Hakim, décédé récemment, nous raconte l’histoire du conflit Israélo-palestinien à la façon d’une tragédie grecque. Son épouse et co-directrice de leur théâtre, nous livre leurs intentions.

 

Cette pièce est bâtie comme une tragédie grecque, une famille confrontée à des choix impossibles dictés par des situations de guerre, ces thèmes sont selon vous plus que jamais d’actualité ?

La pièce est en trois parties. Elle raconte l’histoire du conflit israélo-palestinien. Myriam une israélienne qui fuit la Shoa tombe amoureuse d’un officier anglais en Palestine. Ils vivent des histoires d’amour et de mort. On assiste à la création de l’Etat d’Israël, la Guerre des Six Jours puis la première Intifada. Des familles se déchirent. Pour raconter la Grande Histoire, il faut écrire la petite histoire. Rose et Yasmin sont un peu comme Roméo et Juliette, elles mourront toutes deux à la suite du conflit. Adel Hakim a écrit ce texte à partir d’un travail d’atelier réalisé au Théâtre National Palestinien. Il a écrit les rôles en pensant aux acteurs, ils sont inspirés par leurs personnalités. Tous les personnages sont joués par des acteurs palestiniens, même les israéliens. Mais le théâtre c’est se mettre à la place de l’autre. Le spectacle sera joué en arabe, surtitré en français. C’est une saga, une façon de visiter l’origine du conflit actuel.

 

Vous avez choisi une mise en scène contemporaine, des clowns remplaçant le chœur, de la musique, de la danse, des moments de comédie, en quoi cette mise en scène sert-elle votre propos ?

Dans chacune des trois parties nous retrouvons des narrateurs. Deux filles de cabaret au début, puis les personnages morts pendant la pièce. Ces clowns sont une façon de raconter cette tragédie d’une façon hilarante et non tragique. Cette mise en scène est celle d’Adel Hakim, qui co-dirigeait le Théâtre des Quartiers d’Ivry avec moi, je l’ai reprise fidèlement. Nous avons choisi une mise en scène contemporaine pour raconter une tragédie contemporaine, une réalité historique. C’est d’une modernité absolue, d’autant plus que ce conflit n’est pas terminé. C’est une tragédie mais on rit beaucoup il y a une folie, une gaieté.

 

Comment s’est passé le processus de création de cette pièce ?

Adel avait déjà monté Antigone avec les mêmes acteurs. Il voulait créer un nouveau projet. Le rôle de Myriam a été écrit pour Shaden qui jouait Antigone, celui d’Aaron pour Hussan qui jouait Créon. Kamel El Basha, qui joue le rôle du Palestinien, a eu le rôle d’interprétation pour l’Insulte à la dernière Mostra de Venise.

 

Adel Hakim rappelle que les choix des individus et des peuples sont influencés par des facteurs aussi divers que leur histoire personnelle, la politique mondiale, les lobbies, comment selon vous l’art peut-il arriver à infléchir les tendances et le cours de l’Histoire ?

Ici c’est la politique mondiale. Une jeune fille fuit la Shoa, sa famille va fuir l’Europe, son frère la rejoint. Aaron se bat pour qu’Israël ait un Etat, en oubliant qu’un autre peuple y vit déjà. Les palestiniens appellent cette création La Neka, la catastrophe. Leur peuple a été expulsé et s’est retrouvé dans des camps. C’est à ce moment que nait le conflit. Aujourd’hui en Cisjordanie, il y a toujours des israéliens, encadrés par l’armée, qui viennent s’installer en territoire palestinien.

Nous avons l’occasion de vivre les émotions d’une famille israélienne celles d’une famille palestinienne, de ressentir le vécu de ces personnages. Cette pièce créée à Jérusalem Est, est une façon de faire entendre au public français le point de vue des palestiniens.

 

Le succès de la pièce créée dans des conditions particulièrement difficiles dans une Palestine occupée vous donne-t-il l’espoir d’une réconciliation de ces deux peuples ?

Le Théâtre Palestinien se porte bien. Il y a une explosion artistique, mais politiquement, c’est très difficile, l’art est peut-être la seule arme qui reste. Si une pièce de théâtre peut faire que l’on comprenne mieux ce conflit, alors elle est précieuse et utile. C’est aussi un très grand moment de théâtre. Nous pensons que le public va ressentir et comprendre ce que ressentent les palestiniens. Le pire n’est pas toujours sûr, au contraire pour Adel cette pièce était un acte de foi, il lui paraissait extrêment important qu’on entende ce que les Palestiniens ont à dire.

Nous avons reçu une standing Ovation à Brive La Gaillarde. Les acteurs sont extrêmement inspirés par ce texte. Le public de Toulon les a déjà vus dans Antigone, il aura certainement plaisir à les retrouver.

 

Site web du Liberté Scène Nationale