Elsa Alayse – Faits d’une même argile…

Exposition “Carte blanche“ – Festival Bandol céramique du 19 avril au 4 mai à la Maison Tholosan.

Lors du Printemps des Potiers, la Maison Tholosan de Bandol met à l’honneur Elsa Alayse qui présentera ses œuvres intenses, poétiques, inspirées d’une actualité cruelle et de sa production d’intimités sacrifiées, attendrissantes et parfois dérangeantes.

Comment nait une vocation de potière ou céramiste ?

En fait, je ne me sens pas céramiste ! Je ne me dis pas non plus plasticienne, je me présente plutôt comme une artiste auteure. C’est certainement pour cette raison qu’à l’occasion du Festival Bandol Céramique, le Printemps des Potiers m’a proposé une carte blanche pour présenter mon travail. Je n’utilise pas que la terre, j’emploie d’autres médiums, c’est aussi pour cela que je ne me revendique pas céramiste – bien que j’ai un diplôme des métiers d’art en céramique – j’aime et j’ai besoin de me servir de différents matériaux. Toutefois, je pense que l’on peut découvrir la terre, la céramique pendant toute une vie, que c’est un matériau avec lequel il est impossible de s’ennuyer. Quant à la vocation, depuis l’enfance j’ai toujours bidouillé, bricolé, et j’ai des parents qui m’ont encouragés dans cette voie et permis de faire des études artistiques. J’apprécie d’être solitaire et me trouvais donc à l’aise dans les arts plastiques. C’est une façon de s’exprimer sans s’exposer soi-même, on expose les pièces, les tableaux, ou tout ce que l’on veut…

En effet, vous avez Carte blanche pour exposer vos pièces à la maison Tholosan (Centre culturel de Bandol), pouvez-vous nous dire ce que nous y découvrirons ?

Ce qui me touche concerne ce qui arrive aux individus, et les sujets de cette exposition sont orientés vers les idées de guerre et de paix. Je traite beaucoup de ce qui se passe dans l’actualité. L’Humain est au cœur de mon travail et je créé en général des petits personnages tout blancs, en porcelaine, qui sont comme des pages blanches me permettant de m’exprimer. Ils sont souvent agrémentés par des matériaux qui ont un rapport avec le propos. Cartons, bâches, tissus ou personnages avec des baluchons, par exemple, évoquent aussi bien des gens obligés de quitter des pays en guerre où détruits par des cataclysmes, que des personnes vivants dans la rue. Je traite beaucoup de ces questions. Il me semble que les catastrophes, les conflits, dont nous étions plutôt préservés, se rapprochent de nous.

Enseignez-vous votre art ?

Non, je ne suis malheureusement pas du tout à l’aise avec ça ! J’ai parfois dans mon atelier des stagiaires qui viennent d’écoles d’art, mais je ne suis pas dans la transmission, j’ai l’impression de ne pas en être capable.

Quel public vient aux manifestations auxquelles vous prenez part, qui achète vos œuvres ?

C’est difficile à dire, je sais qu’il y a des collectionneurs, des gens qui me suivent depuis le début de mon travail. Mais, comme je fabrique des petits objets, pas pour le côté financier, mais parce que cela me permet d’exprimer beaucoup de choses, je peux toucher un public ayant un budget modeste. Puis, il y a parfois des acheteurs qui mettent du temps à s’offrir une pièce plus conséquente et ce sont évidemment des personnes avec qui j’ai de véritables échanges et qui sont fortement touchées par mes œuvres. Car mon travail peut souvent déranger. Mais mon idée n’est pas de plaire, j’ai simplement besoin de m’exprimer.

Weena Truscelli