Fabien Gorgeart & Lyes Salem – Dans les coulisses de “C’est quoi l’amour ?”
« C’est quoi l’amour ? », le 6 mai 2026 au cinéma
À l’occasion de la sortie de « C’est quoi l’amour ? », Fabien Gorgeart signe une comédie sensible portée par Laure Calamy, Vincent Macaigne et Lyes Salem, où un ex-couple doit revisiter son passé pour faire annuler son mariage religieux. Entre humour et émotion, le film interroge ce qu’il reste de l’amour après la séparation. Nous avons rencontré le réalisateur et l’acteur Lyes Salem au Pathé La Valette.
D’où vient l’idée du film ?
Fabien Gorgeart : Le projet est né d’un sujet que je ne connaissais pas : la nullité de mariage à l’Église. Mon producteur m’en a parlé en pensant que cela pourrait m’inspirer, et j’ai commencé à enquêter. J’ai rencontré des prêtres, des avocats en droit canonique, mais aussi des personnes ayant vécu ces procédures. Très vite, j’ai compris qu’il y avait là une matière de cinéma forte. En parallèle, je sortais d’un film plus mélodramatique et j’avais envie d’aller vers la comédie, sans quitter des thèmes qui me traversent depuis longtemps : la famille, les liens, ce qu’il reste de l’amour après la rupture. Le film s’est construit à la croisée de ces envies, avec aussi quelque chose de plus personnel, lié à mon propre vécu de la séparation.
Vous êtes-vous éloigné de la réalité de ces procédures en nullité ?
Fabien Gorgeart : Très peu. La principale liberté que j’ai prise concerne le temps. Dans le film, tout paraît plus resserré, alors que dans la réalité ces démarches peuvent durer longtemps. Mais le fonctionnement, les enjeux, la possibilité que certains dossiers remontent jusqu’au Vatican, tout cela est réel. Ce qui m’intéressait, c’était aussi le contraste entre la banalité du quotidien et la dimension de cette procédure. On part d’une histoire intime, d’un couple séparé, et cela ouvre soudain sur quelque chose de beaucoup plus vaste. C’est aussi pour cela que le film suit cette trajectoire, d’un cadre très concret jusqu’au Vatican. J’aimais aussi que cette histoire intime rencontre une institution vaste et symbolique.
Comment avez-vous travaillé l’équilibre entre comédie et émotion ?
Fabien Gorgeart : La comédie repose d’abord sur le réel. Je ne voulais pas plaquer des effets comiques sur des situations artificielles. Ce qui me fait rire, ce sont des personnages très incarnés, très crédibles, qui se débattent avec des contradictions, des maladresses, des élans qu’ils ne maîtrisent pas. À partir du moment où l’on croit à leur vie, les gags peuvent surgir naturellement. Certaines scènes frôlent le drame, bien sûr, mais il était important que le film n’y bascule jamais complètement.
Lyes Salem : C’est exactement ce qui m’a plu. Mon personnage n’est pas là pour créer du conflit frontal. Il accompagne, il observe, il comprend souvent avant les autres ce qui est en train de se jouer. Je l’ai abordé par la patience et l’acceptation, presque comme une autre définition possible de l’amour. Il ne s’agit pas de tout subir, mais d’être capable d’accueillir ce que traverse l’autre sans immédiatement ramener cela à soi.
Pourquoi la scène du film de mariage est-elle si centrale ?
Fabien Gorgeart : Parce qu’elle est le cœur battant du film. Jusque-là, les personnages parlent de leur histoire, la commentent, la réinterprètent presque. Avec cette vidéo, tout à coup, il n’y a plus de discours possible : on voit qu’ils se sont aimés. Il fallait que le spectateur le ressente profondément. Cette scène dit quelque chose de très simple et bouleversant sur le temps qui passe. On regarde ceux qu’on a été, on mesure la distance, mais aussi ce qui demeure. Les vies changent, les sentiments se déplacent, pourtant rien ne disparaît tout à fait.
Grégory Rapuc