Franck Mei – Gustave Courbet, homme libre et peintre sans compromis.

Exposition Gustave Courbet jusqu’au 24 mai au Musée La Banque à Hyères.

En partenariat avec l’Institut Gustave Courbet d’Ornans, ville où naquit le peintre, le musée de la Banque propose une exposition passionnante sur cet artiste rebelle, hors norme, et acteur essentiel d’un renouveau de la peinture au XIXe siècle. Franck Mei, Directeur du musée et Co-commissaire de l’exposition avec Carine Joly, répond à quelques questions.

Pouvez-vous nous expliquer le titre de l’exposition, l’axe qu’il représente pour dévoiler certaines œuvres de Gustave Courbet ?
L’exposition Gustave Courbet, “Du chant de la nature aux voix de la révolte“, présente les œuvres du peintre sur près de quarante ans, mais permet également de découvrir d’autres artistes et des documents de son époque. “Les voix de la révolte“ s’explique par un aspect biographique de l’exposition. En effet, Gustave Courbet était assez engagé au niveau artistique, mais aussi politique, on pourrait dire aujourd’hui – dans le contexte particulier du XIXe siècle – qu’il était “à gauche“ et défendait le peuple et les opprimés. La période tourmentée durant laquelle il vécut vit passer la Restauration, la monarchie de Juillet, la Seconde République, et le Second Empire, qu’il critiqua férocement par tous les moyens, surtout dans sa peinture. Puis, quand le Second Empire s’écroule après la défaite de Sedan, et que la Commune de Paris fait rage, Courbet soutient les communards et propose, avec d’autres artistes, de veiller aux œuvres d’arts des musées parisiens et de déboulonner et déplacer la colonne Vendôme (symbole impérialiste) afin qu’elle soit préservée. Mais la colonne est finalement détruite et, alors qu’il n’y est pour rien et n’a pas voté cette sentence, les Versaillais, qui ont proclamé la troisième République, accusent Courbet de ce forfait, et le condamnent à payer une somme énorme pour sa reconstruction. Mais, il n’a été qu’un bouc émissaire, on lui faisait ainsi payer ses provocations…

Doit-on se rappeler d’un peintre qui, aujourd’hui très respecté, a été malmené par les critiques de son époque et a finalement bouleversé les codes académiques ?
En effet Gustave Courbet, aujourd’hui presque considéré comme un peintre classique, ne l’était pas du tout, Gustave Courbet est la bascule vers la modernité ! On passe durant cette période, d’un peintre comme David, avec des tableaux monumentaux, historiques, héroïques, mythologiques pour certains – tout ce que Courbet détestait – au mouvement “Réaliste“ qu’il incarne. Le Réalisme subjectif de l’époque, pas celui d’aujourd’hui. On ne se rend plus bien compte actuellement, à quel point les tableaux monumentaux de Courbet étaient artistiquement révolutionnaires. À cette époque, il était impensable de consacrer des tableaux de cette taille aux peuples, ils étaient réservés aux batailles historiques, à l’Empereur, aux maréchaux, etc. Mais Gustave Courbet a peint d’immenses scènes de la vie quotidienne se déroulant dans des villages, des cafés, ou autres lieux jamais représentés ainsi à l’époque, car cela était considéré comme extrêmement vulgaire et provocateur. C’est la raison principale pour laquelle ses œuvres étaient refusées dans les Salons et qu’il fut le premier à ouvrir à ses frais sa propre exposition, ce qui était un acte vraiment moderne. C’était un homme révolté et libre par de nombreux aspects.

Et le Chant de la Nature ?
Gustave Courbet était issu d’une famille aisée de propriétaires terriens de Franche-Comté et sa région comptait énormément pour lui. Même quand il résidait à Paris, il y revenait régulièrement pour se ressourcer, il y a appris à aimer peindre la nature. Une nature puissante, tourmentée, presque brutale parfois, indomptable comme lui. Environ les trois quarts de son œuvre prolifique représente des paysages…

Weena Truscelli