Frank Micheletti – 360 mois de création indisciplinée à 360°.

Trente ans de Kubilai Khan – Toute l’année sur la métropole TPM

 

Depuis trente ans, la compagnie Kubilai Khan Investigations (KKI), fondée et dirigée par le chorégraphe Frank Micheletti, explore une danse « tout terrain », hors des cadres établis. Pour célébrer cet anniversaire, la compagnie déploie tout au long de l’année un vaste programme de trente événements sur l’ensemble de la métropole TPM, reflet d’un parcours international, pluriel et profondément collectif.

 

Trente ans de Kubilai Khan : comment regardes-tu l’évolution de la compagnie ? Es-tu là où tu pensais être il y a trente ans ?
Je n’avais pas imaginé une trajectoire aussi longue et aussi dense. Dès le départ, Kubilai Khan Investigations s’est définie comme une compagnie de danse contemporaine, mais j’ai très vite tenu à y associer l’idée de « plateforme de créations plurielles ». Je savais que je voulais m’intéresser à la danse dans des espaces multiples, bien au-delà des plateaux de théâtre. En trente ans, notre ADN s’est affirmé : une quarantaine de créations diffusée dans plus de quatre-vingt pays et près de mille-cinq-cents représentations ici et ailleurs. Très tôt, nous avons développé des performances et des créations in situ, dans des lieux non dédiés à la danse : musées, espaces extérieurs, églises, bateaux, parkings, piscines, forts, usines, cabinet de psychologue, criques, mer, montagnes….
Notre première maison, c’est notre corps. La danse est un espace dédié au langage corporel. Elle permet d’explorer d’autres langages, d’autres manières d’adhérer au monde et de vivre nos émotions, pas uniquement par l’intellect. La danse, depuis la nuit des temps, est liée aux événements collectifs. Sortir des cadres habituels permet de renouveler les formats et de s’adresser à des publics très diversifiés.

Quels sont les moments les plus marquants de ces trente années ?
Notre première grande tournée africaine en 2001 a été un véritable choc. Deux mois et demi, quatorze pays, avec une équipe de onze personnes. À partir de là, nous avons développé l’envie de faire de longues résidences pour s’immerger plus dans la réalité des pays rencontrés et sont nés des projets au Ghana, au Mozambique, en Mauritanie, en Australie, Mexique, Chili, Argentine, Haïti… J’y ai découvert une manière de vivre la culture au quotidien, plus proche des gens. Ces trente années de créations assemblent un atlas de gestes dansés et situés pour que l’expression de nos corps activent une attention renouvelée à nos existences en commun.
Autre moment intense : la création du festival Constellations, dont nous préparons actuellement la seizième édition. En 2014, nous avons organisé une édition à Bandung, en Indonésie. Benoît Bottex, directeur du Metaxu, faisait partie du voyage. Retrouvez nous le 20 mars pour une « Nuit indonésienne », avec des créations sonores et vidéos issues de cette expérience où nous avions convié plus de cent artistes indonésiens. Un autre souvenir fondamental est ma résidence de six mois à la Villa Kujoyama, à Kyoto, qui s’est conclue par la création « Espaço Contratempo »en 2009. Cette expérience a nourri une relation durable avec le Japon. C’est un pays où je me ressource profondément, il continue de m’inspirer des idées singulières que j’insuffle dans mes créations.

Pourquoi avoir choisi de célébrer cet anniversaire sur toute l’année et dans une telle diversité de lieux ?
La première pensée a été coopérative. Il s’agissait de mettre en avant une trame collective, mutualiste, enrichie par des partenariats avec des structures de différentes tailles et échelles. Trente événements, c’est comme un mois de fête étiré dans le temps, une manière de se cultiver ensemble, où plus de vingt-cinq partenaires sont engagés. Le programme est structuré en quatre saisons trimestrielles, avec des opérateurs culturels comme Châteauvallon-Liberté, Tandem, le Département du Var, mais aussi des musées, des centres d’art, la maison de la photographie, le Mellow Coffee Spot, le fort Balaguier.
Nous proposerons des formats variés. Des balades chorégraphiques, « Les Échappées littorales », nous entraînerons sur les quarante-sept km du sentier littoral : quatre balades dansées et sonores traversant sept communes. Une grande création pour clôturer le festival d’été à Châteauvallon, « No Mundo » qui investira l’amphithéâtre, le théâtre couvert et les espaces extérieurs, avec musique live et une batteuse japonaise, avant de se conclure par un dancefloor. Châteauvallon est un lieu fondateur pour la compagnie, nous y étions en résidence dès 1996. Parmi les projets phares, « Satellites of Dance » occupe une place centrale : des dancefloors intergénérationnels autour des musiques africaines, caribéennes et latines, accompagnés d’ateliers. Le premier aura lieu au Zénith Omega, en collaboration avec Tandem et le collectif marseillais Maraboutage, suivront, sur les quatre saisons, « Satellites of Dance » au Telegraphe, un écrin parfait pour enflammer nos pas.
S’ajoutent à ce calendrier : une exposition de deux mois à la Maison de la Photographie, retraçant trente ans d’images avec une dizaine de photographes ; une grande fête intitulée « Vive la danse ! », ouverte à toutes les pratiques, professionnelles comme amateurs ; et bien d’autres choses encore…

Fabrice Lo Piccolo

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