Frédéric Garbe – Explorer le mystère.

Théâtre 

L’Institut Benjamenta – Châteauvallon – Ollioules – 13 & 15 janvier 2022

Un jeune homme intègre un institut qui forme des serviteurs, et va essayer d’en percer ses mystères. L’occasion pour le metteur en scène varois Frédéric Garbe et son équipe d’artistes locaux d’explorer une mise en scène mélant arts plastiques, musique, vidéo et lumière.

Est-ce que ce texte sur un apprentissage dans un institut de serviteurs a une portée sociétale ?
Non. Robert Walser, l’auteur, a un parcours très singulier. Il a commencé à écrire des romans, adulés par la société littéraire de l’époque, mais qui n’ont pas rencontré de succès public. Petit à petit, il s’est écarté du format classique en écrivant des microgrammes sur des bouts de papier, en tout petit, avec une pointe de crayon. Dans ses histoire, les choses ne vont jamais jusqu’à bout, tout est en germe… Ce roman-là est très proche du conte, avec un père qui représente l’autorité, c’est la figure de l’ogre, et une mère très présente, qui est la figure de la fée. On suit le parcours d’un jeune garçon qui intègre une école pour devenir serviteur et va apprendre l’abnégation. C’est un parcours initiatique dans un univers fantasmagorique, avec des professeurs qui ne sont pas là. On essaie de comprendre ce que cache cet institut. C’est une quête d’émancipation. J’aime travailler des textes qui peuvent être compris de plusieurs manières, chacun a la place d’y projeter ses propres visions.

Qu’est-ce qui t’intéresse chez Robert Walser ?
Tout d’abord, ce que ce livre en particulier provoquait en termes d’imaginaire. C’est captivant et mystérieux. Dans cette école, on n’apprend rien. Le personnage de M. Benjamenta est tyrannique, on ne sait pourquoi il a monté cet institut. Des choses existent derrière ce que l’on voit, des appartements cachés… C’est une quête de l’interdit. J’avais envie d’explorer cela théâtralement : comment évoque-t-on, sans complètement montrer ? On a commencé à utiliser des scénographies de papier, faisant suite à « Noir et humide », notre précédente création. Les personnages sont en papier, on y rajoute de la lumière, de la vidéo, on rentre dans un univers très graphique, onirique, dans lequel on plonge sans vraiment comprendre comment c’est fait. On a commencé l’adaptation du texte il y a quatre ans.On a beaucoup travaillé sur les personnages. Pour nous tous, le voir aboutir est une grande joie.

Tu es entouré d’artistes locaux, avec qui vous créez une mise en scène totalement multimedia…
Le spectacle est vraiment une collaboration. Chaque artiste a amené quelque chose de très singulier, Vincent Hours pour la musique, Pauline Léonet pour l’aspect plastique, Guillaume Mika, le comédien, Michaël « Caillou » Varlet, pour la vidéo et Jean-Louis Barletta à la régie générale et à la création lumière.

Pourquoi avoir choisi de ne faire évoluer qu’un seul personnage ?
On peut se demander si tout ce qui est raconté n’existe pas seulement dans l’imagination du héros. C’est lui qui raconte. Est-ce que ça a vraiment eu lieu ? On voulait que ces personnages soient ses constructions. Ça parle aussi de la folie : est-il fou ou juste singulier ? Robert Walser a d’ailleurs fini dans un asile, parce qu’il n’arrivait pas à s’adapter au monde normal. Il ne voulait qu’écrire. Il a continué dans cet hospice, avec ces microgrammes, ces toutes petites histoires. Il en a écrit des tonnes et des tonnes. Et il est mort, assez vieux, en partant se promener, il adorait se promener. On l’a retrouvé mort dans la neige. C’est étonnant à quel point il y a quelque chose de très cohérent dans l’existence et l’œuvre de Walser.

Fabrice Lo Piccolo

Janvier 2022