Héloïse Guay de Bellissen – L’écriture qui se vit entre corps et pages.

« Éloge du tatouage », sortie le 14 janvier en librairie

 

Écrivaine varoise reconnue pour ses romans mêlant réalité et fiction, Héloïse transforme le tatouage en véritable laboratoire artistique dans « Éloge du tatouage ». Entre sensations, rencontres et réflexions, elle explore comment l’expérience du corps peut nourrir une écriture intense, incarnée et universelle, où le personnel dialogue avec le collectif.

 

Votre nouveau livre, « Éloge du tatouage », paraît en janvier. Comment s’inscrit-il dans votre parcours d’écrivaine ?
Ce livre représente un moment très particulier dans mon parcours. Ce n’est pas un tome 2 de « Parce que les tatouages sont notre histoire », mais une approche complètement différente. Là où mon premier livre s’intéressait au tatouage dans sa dimension historique et culturelle, « Éloge du tatouage » est une expérience plus intime et sensorielle. J’ai confié mon dos à dix tatoueurs différents et leur ai donné carte blanche. C’est à la fois un journal de bord, un essai artistique et un dialogue avec ces artistes. Il explore ce que signifie recevoir un tatouage, comment un geste esthétique peut révéler quelque chose de profondément humain, à la fois individuel et collectif.

Vos œuvres se nourrissent souvent de fragments du réel que vous romancez. Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture de ce livre et comment votre style s’y exprime-t-il ?
Tout est parti d’une combinaison de rencontres et d’envies esthétiques. Mon mari est tatoueur et je suis tatouée depuis mes dix-huit ans. Mais l’idée est née en lisant André Breton et en pensant au cadavre exquis : et si je vivais une expérience artistique collective sur mon propre corps ? Dans mes romans, je travaille toujours à partir de faits réels ou de personnages existants, mais je les romance, je construis des mondes fictifs à partir du réel. Pour « Éloge du tatouage », ce mélange s’est poursuivi de manière plus expérimentale : je décris mon vécu, mes sensations et mes émotions, et j’y mêle des entretiens documentés et des réflexions sur l’art, la création et la mémoire. La langue reste directe et incarnée, presque frontale par moments, mais traversée par la sensibilité de l’expérience physique et esthétique. C’est sans doute le livre le plus intuitif que j’ai écrit : je me suis laissée porter par le geste, par la rencontre avec les tatoueurs et par la surprise de ce qui apparaissait sur mon dos.

Vous y explorez l’intime tout en le reliant au collectif. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre votre expérience personnelle et le point de vue universel ?
Pour chaque tatouage, j’ai structuré le texte en triptyque : d’abord je raconte ce que je ressens pendant le geste, comment la douleur et l’émotion résonnent en moi, puis je propose une réflexion sur ce que le tatouage dit de notre rapport au corps et à l’art, enfin je retranscris l’entretien avec le tatoueur ou la tatoueuse. Cela me permet de rester fidèle à mon expérience tout en donnant une vision plus large, qui dépasse le cadre de mon dos pour parler d’une pratique artistique et sociale, d’un geste qui unit et transforme.

Quel rôle jouent vos lecteurs dans l’expérience de ce livre ?
Rencontrer les lecteurs, c’est prolonger le livre, le faire vivre autrement. Avec ce texte, j’espère créer une forme d’osmose, de reconnaissance entre ceux qui lisent et ceux qui pratiquent le tatouage. J’aimerais que le livre suscite des réflexions sur l’art, le corps et la mémoire, mais aussi qu’il fasse naître un sentiment de communauté entre tatoués et amateurs de tatouage. Les lecteurs découvriront l’évolution de mon dos au fil du livre, et à travers cette expérience, j’espère qu’ils partageront un moment esthétique et humain unique.

Julie Louis Delage

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