J. Hosmalin, A. Bessa & J. Turnbull – La force invisible des émotions.
« Sans Pitié », le 14 janvier dans les salles de cinéma
L’avant-première du 10 décembre au Pathé Toulon a permis au public de découvrir le premier long métrage du réalisateur varois Julien Hosmalin, « Sans pitié ». Les spectateurs ont rencontré les acteurs, Adam Bessa et Jonathan Turnbull et le réalisateur et échangé autour des relations familiales et de l’intensité des ressentis.
« Sans Pitié » donne le sentiment d’un film très personnel. Quelle part de votre histoire irrigue ce récit, et où commence la fiction ?
Julien : Le film est nourri de mon histoire familiale et de l’environnement dans lequel j’ai grandi : une mère célibataire, un grand frère protecteur, une proximité avec le monde des forains. En revanche, il est important de préciser que le traumatisme au cœur du récit (ce qui arrive à Rayan) est entièrement fictionnel. Je n’ai jamais vécu ce type d’événement. J’ai mêlé des émotions et des souvenirs réels à une histoire inventée, pour explorer ce que le silence et les non-dits peuvent produire au sein d’une fratrie.
Julien évoque le rôle du silence et des non-dits dans la fratrie. En tant qu’acteurs, comment avez-vous traduit cette tension et ces émotions inexprimées à travers vos interprétations ?
Adam : Dario est un personnage qui s’est construit dans la fuite et le retrait. Son silence est une manière de survivre. J’ai travaillé à partir du corps, de la fatigue, de la difficulté à entrer en relation. Julien m’a laissé nourrir le personnage avec des références personnelles, musique, images, pour rendre visible une intériorité qui ne passe jamais par les mots.
Jonathan : Mon personnage s’inscrit aussi dans cette économie de langage. Il est davantage dans l’observation que dans l’action. Dans un film aussi tendu, la retenue permet de faire exister les choses autrement. Il ne s’agissait pas d’expliquer, mais de suggérer, de laisser de l’espace au spectateur.
Le film aborde des thèmes très sombres, et pourtant vous avez évoqué un tournage joyeux. Pourquoi cette légèreté était-elle nécessaire ?
Jonathan : Parce que le sujet est lourd. Sans cette légèreté, le tournage aurait été difficile à vivre. Il y avait une vraie bienveillance, beaucoup de simplicité dans les échanges. Cette atmosphère permettait d’aborder des scènes dures sans jamais être dans quelque chose de pesant.
Adam : Oui, cette joie était essentielle. Elle créait un cadre de confiance. On pouvait aller loin émotionnellement parce que le plateau restait un espace sûr.
Julien, vous revendiquez un cinéma stylisé, à distance du naturalisme. Pourquoi ce choix formel pour raconter une histoire aussi humaine ?
Le naturalisme ne m’intéressait pas ici. Je voulais m’en détacher pour aller vers quelque chose de plus sensoriel, presque abstrait par moments. Cette stylisation permet de déplacer le regard et de donner une dimension plus universelle au récit. « Sans Pitié » n’est pas un polar réaliste, mais un western moderne, où la violence et les émotions deviennent des forces intérieures.
Vous êtes originaire d’Hyères. En quoi cet ancrage, loin des grands centres, a-t-il façonné votre regard de cinéaste ?
Grandir en périphérie, c’est apprendre à observer. À regarder les gens, les lieux, les silences. Je pense que cela a nourri mon attention aux personnages en marge et aux territoires fragiles. Le cinéma est devenu pour moi un moyen de transformer cette distance en langage, tout en restant fidèle à ce qui m’a construit.
Julie Louis Delage.