Jann Gallois – La douce puissance de la danse.
« Imminentes » les 5 et 6 février au Liberté à Toulon
La chorégraphe Jann Gallois présente « Imminentes », une création hypnotique portée par six danseuses, les 5 et 6 février au Liberté à Toulon. Inspirée par le livre « La puissance de la douceur » d’Anne Dufourmantelle, la pièce explore la force tranquille, la sororité et la transformation collective à travers une danse à la fois sensuelle, intense et profondément humaine.
Pouvez-vous revenir sur la genèse de « Imminentes » et sur l’origine de son thème ?
La pièce est née de la lecture du livre « La puissance de la douceur » d’Anne Dufourmantelle. C’est un essai philosophique qui m’a profondément nourrie et apaisée face à la violence du monde contemporain. Cette pensée m’a longtemps accompagnée, elle m’a donné l’envie de réfléchir à une autre manière d’être ensemble, plus respectueuse, plus attentive. « Imminentes » n’est pas une adaptation du livre, mais elle est issue de cette idée de « douce puissance », une énergie capable de transformer en profondeur les êtres, les relations, les manières d’être ensemble et de faire collectif. J’ai eu envie de créer une œuvre qui produise chez le spectateur le même impact que ce texte a eu sur moi, quelque chose de réparateur et profondément humain, qui laisse une trace durable dans le corps et dans l’esprit.
Pourquoi avoir choisi de confier cette énergie à un groupe exclusivement féminin ?
Au départ, ce n’était pas une évidence. J’imaginais une distribution mixte. Mais en travaillant lors de workshops avec différents interprètes, j’ai observé que lorsque des femmes se réunissent et travaillent cette notion de faire corps, il se dégage une fluidité et une douceur presque naturelles. Au-delà du terme de sororité, il s’agit surtout d’une capacité à être ensemble, à communier, à s’écouter et à se soutenir mutuellement. Peu à peu, il m’est apparu évident que cette énergie devait être portée par un groupe de femmes. Les six interprètes ont été choisies à l’issue d’auditions, pour leur force, leur singularité et leurs parcours hybrides, entre danses urbaines, danse contemporaine et cirque, et chacune apporte sa sensibilité particulière à l’ensemble.
Comment avez-vous pensé l’équilibre et l’unité entre ces six interprètes sur scène ?
Il n’y a pas de hiérarchie entre elles. J’ai voulu qu’elles aient toutes une place égale, sans rôle mis en avant. Elles sont présentes ensemble sur le plateau du début à la fin du spectacle, sans jamais sortir. Cela crée une intensité particulière, une forme de continuité physique et émotionnelle. Le travail s’est construit autour de l’idée d’un corps collectif, d’une unité traversée par des individualités, mais toujours reliée par une même énergie. L’interdépendance entre elles, le dialogue silencieux dans les gestes et les regards, installe une complicité qui touche le spectateur et amplifie l’effet de transformation que nous souhaitons provoquer.
Le spectacle dialogue fortement avec les enjeux sociaux et politiques actuels. Est-ce essentiel pour vous en tant qu’artiste ?
Oui, profondément. Je pense que la place de l’artiste n’est pas forcément d’être sociologue ou politique, mais d’ouvrir des espaces pour réparer un peu le monde. L’art peut offrir des moments de beauté, de respiration, de réflexion, surtout dans un climat anxiogène comme celui que nous traversons. J’ai déjà créé des œuvres plus dures, plus frontales, mais aujourd’hui j’ai voulu prendre le contre-pied et proposer une pièce qui fait du bien, sans naïveté. « Imminentes » parle de bonté, d’écoute, de soin de l’autre, de relation humaine authentique et profonde. Je suis convaincue que nous vivons un moment charnière et que les femmes ont un rôle important à jouer dans ce changement. Le titre l’exprime : ce n’est pas encore là, mais c’est en train d’advenir, et cette anticipation, cette énergie imminente, guide tout le travail sur scène.
Grégory Rapuc.