Jean-Philippe Roubaud – « Le dessin est la probité de l’art » (Ingres).

“Didascalie 9. Nature carbone“ exposition de Jean-Philippe Roubaud, au Metaxu à Toulon, du 3 avril au 16 mai 2026.

L’artiste plasticien Jean-Philippe Roubaud investit l’espace d’artistes Metaxu avec des wall drawings, de grands dessins, ou encore une petite série de dessins au graphite sur bois, aux sujets toujours en tension entre le réalisme et l’abstraction, le naturel et l’artificiel. À découvrir absolument.

Avez-vous toujours été doué pour le dessin, avez-vous toujours dessiné ?
J’ai toujours dessiné, mais je n’étais pas particulièrement doué. Mais j’ai passé des centaines d’heures à dessiner donc, par rapport aux enfants de mon âge, je dessinais très bien, parce que je passais mes journées à faire ça, du skate et de la batterie. Quand on fait trois activités comme ça, en faisant un peu l’impasse sur l’école, on progresse dans ces trois domaines ! Je continue à travailler entre six et dix heures par jour, je vais vraiment chercher le perfectionnement par la pratique. Sinon, j’ai un parcours qui passe par une classe d’Art au lycée, puis les Beaux Arts de Valence et le cursus se termine par trois ans passés à la Villa Arson, à Nice.

Vos œuvres vont du trait académique parfait à des performances ultra contemporaines, en utilisant le plus souvent du graphite, du noir et blanc, pourquoi ?
Mon travail de dessin a une douzaine d’année, car avant j’exerçais au sein d’un duo qui s’est séparé parce qu’on ne s’y retrouvait plus. J’ai alors décidé de reprendre ma pratique artistique de peinture et de sculpture à partir de son plus simple appareil, c’est à dire le dessin. J’ai débuté de façon basique, crayon – papier. Puis j’ai découvert la poudre de graphite, ai commencé à l’utiliser et, petit à petit, j’ai entrevu énormément de possibilités avec un médium extrêmement resserré et qui est l’enfance de l’art, c’est à dire une feuille, le blanc, le noir. J’ai donc restreint au maximum et suis resté sur cette ligne pour parler du dessin, car le sujet principal de mon œuvre est le dessin et sa place dans l’histoire de l’art. Le dessin a toujours été considéré comme une étape, en sculpture, en peinture et même en architecture, où le plan est le point de départ, mais reste le projet et non pas la finalité. En peinture le dessin va être recouvert, caché, en sculpture il sert à la mise en place. Il est une étude, c’est la chose la plus importante et la plus primitive, mais le dessin est rarement considéré dans l’Histoire de l’Art comme une forme d’art aboutie. Je cherche donc comment réinvestir cette matière-là en essayant de la confronter à la peinture, à la sculpture, à l’architecture, à la photo graphie, à l’art de la fresque, la gravure, ou même la céramique, etc.

Pour qui dessinez-vous ?
Enfant je dessinais pour que ça plaise à mes parents, c’était un moyen de se faire aimer. Maintenant je dirais que dans l’art, il y a les artistes de rupture comme Picasso, Caravage, ou toute la Renaissance et il y a ceux qui sont davantage dans l’idée de la transition, dans un passage fluide, doux, comme Corot. Je me considère plus comme un artiste de liaison, je lie ma pratique à ce qui va arriver derrière. Je crois que je travaille à regarder, permettre de reconsidérer l’histoire de l’art, et peut être à organiser quelque chose. L’idée de parer à une liaison entre toutes les pratiques artistiques et montrer que la contemporanéité est un ruban de Möbius. Mon travail est dans la référence artistique, il se promène entre l’expressionnisme et l’hyperréalisme, et j’essaie d’avoir quelque chose d’un peu syncrétique avec tout ça.

Parlez-nous de “Didascalie 9. Nature carbone“, votre exposition à l’espace d’artistes Metaxu.
Toutes mes expos personnelles s’appellent « Didascalie », car je les considère non pas comme une file d’œuvres singulières, mais plutôt dans une mise en relation entre les œuvres pour parler de choses précises. Une didascalie est une note en bas de page, une intention de l’auteur. Dans une exposition, le texte c’est les œuvres, et l’expo c’est la didascalie. Et puis, il y a la nature, que l’on
essaie de reproduire, et le carbone qui est constitutif du graphite et évoque un côté naturel, mais aussi artificiel, on pense au gaz carbonique ou à l’empreinte carbone. L’idée de l’exposition tourne autour de cela …

Weena Truscelli