Maria Claverie-Ricard – Faire vibrer Draguignan au rythme de la danse.

Festival L’impruDanse, dixième édition du 14 mars au 4 avril à Draguignan.

L’impruDanse investit Draguignan pour une dixième édition exceptionnelle. De la danse contemporaine au hip-hop, du flamenco aux grandes compagnies internationales, l’événement s’est imposé comme un rendez-vous majeur dans le paysage chorégraphique du Sud. Maria Claverie-Ricard, directrice et programmatrice de Théâtres en Dracénie, revient sur cette aventure devenue incontournable.

Comment voyez-vous l’évolution du festival et sa place aujourd’hui ?
Au départ, L’impruDanse était un rendez-vous assez modeste, concentré sur un long week-end, du jeudi au dimanche. Dix éditions plus tard, le festival s’étend sur quatre week-ends, avec une multiplication des spectacles, des formats et des propositions “off”. Il occupe aujourd’hui une place majeure pour la danse dans la région. Le public est au rendez-vous : nous accueillons environ 8 500 spectateurs avec un taux de fréquentation de 90 %. Ce sont des habitants de Draguignan bien sûr pour 40%, et pour 60% des spectateurs venus du Var et d’autres départements.

Quels sont vos souvenirs les plus marquants de ces dix éditions passées ?
Après le confinement, en 2021, nous devions accueillir la Batsheva Dance Company, qui n’a finalement pas pu quitter son pays. En remplacement, nous avons pu programmer « Folia » de Mourad Merzouki. La salle était pleine, l’émotion incroyable. Le public était si heureux de se retrouver que l’ovation a duré de longues minutes. C’était un spectacle exceptionnel, dont on me parle encore aujourd’hui, mais aussi le symbole du retour du public dans les théâtres de Dracénie, de véritables retrouvailles.

Cette année encore, la programmation rassemble de grands noms…
Plusieurs grandes figures de la danse jalonnent cette édition. Je pense d’abord à Sidi Larbi Cherkaoui, chorégraphe majeur et directeur du Ballet du Grand Théâtre de Genève. Sa pièce est très percutante, et nous sommes très fiers de l’accueillir pour la première fois dans le festival. (il a été programmé deux fois avant 2014). Il y a aussi le Théâtre national de Chaillot avec Rachid Ouramdane qui mêle acrobates et danseurs dans « Contre-nature ». Kader Attou, bien sûr, figure incontournable de la danse contemporaine et du hip-hop, est également présent. Et nous accueillons la compagnie Via Katlehong, venue d’Afrique du Sud, qui apporte une énergie et une écriture chorégraphique singulières.

Le festival fait aussi la part belle à la création.
C’est essentiel. L’ouverture se fait avec notre artiste associé Nacim Battou, en résidence de création, avec « Un grand récit ». C’est une pièce magistrale, qui traverse les siècles de l’humanité, avec des danseurs d’une virtuosité incroyable. Nous accueillons aussi la Compagnie Par-allèles, menée par Hosni et Jamal M’hanna, des artistes varois avec lesquels nous débutons une association sur trois ans, et leur création autour de Camus. Je suis également très émue par la création d’Ana Pérez. On dit d’elle qu’elle est la danseuse de flamenco la plus talentueuse de sa génération. Sa pièce autour du « Stabat Mater », œuvre du Moyen Âge, est magnifique, interprétée par six artistes. Enfin, nous avons passé commande à Nacim Battou et le metteur en scène, lui aussi artiste associé, Julien Avril pour une création inédite, « Danse ma parole ». Ils se sont rencontrés, une amitié est née, et ils ont eu envie de raconter leur parcours d’artistes et d’hommes à travers la danse et les mots.

Comment le festival s’ancre-t-il dans le territoire ?
C’est un axe fort. Nous proposons des cartes blanches aux écoles de danse partenaires et au conservatoire de l’agglomération. « Blossom » de Sandrine Lescourant associe ainsi professionnels et amateurs du territoire. Nous organisons aussi un battle géant de hip-hop en ouverture, ouvert à tous, amateurs et professionnels. Et en clôture, une grande chorégraphie collective en mode latino, en hommage aux deux spectacles d’Amérique latine programmés pour la fin du festival. À cela s’ajoutent de nombreux ateliers offerts au public, des actions d’éducation artistique et culturelle pour les élèves du premier et du second degré, et la restitution d’un projet mené avec La Fabrique de Draguignan. Le tout dans une ambiance très festive, notamment les quatre samedis, où l’on termine en Dancefloor avec un DJ set.

F. Lo Piccolo