Michel Eisenlohr – L’essentiel est invisible pour les yeux.
Exposition « Huldufólk, le peuple caché » à la Maison de la Photographie de Toulon, jusqu’au 23 mai.
Né à la Ciotat, Michel Eisenlohr est un photographe voyageur, qui pose un regard profond sur la relation entre les humains et leur environnement. Il capte avec poésie l’âme des paysages. Une exposition à la Maison de la Photo à ne pas manquer.
Comment êtes-vous devenu photographe ?
Je suis devenu photographe il y a environ vingt-cinq ans, j’ai pourtant une formation littéraire, mais j’ai toujours été passionné par la photo et, de fil en aiguille, par mon parcours et mes rencontres, j’ai pris la décision de faire ce métier. Ce sont donc des opportunités et le fil de ma vie qui m’ont permis de devenir photographe, de façon un peu étonnante.
Parlez-nous d’Huldufòlk, “le peuple caché“ dans les paysages islandais, sujet de votre exposition à la Maison de la Photographie de Toulon.
Ce travail a débuté en 2016 par une démarche spontanée, l’envie de poser mon regard sur ce monde de l’étrange que l’on appelle en Islandais Huldufòlk, “le peuple caché“. Ce travail a duré jusqu’en 2022 et va se poursuivre, car je repars le mois prochain en Islande pour des contrées différentes, assez inaccessibles. Je voulais photographier ce sujet qui n’est ni tellement photographié ni abordé en Islande, et qui est la relation qu’entretiennent les Islandais avec ce monde dit de l’invisible.
Toutes ces légendes ne mettent-elles pas aussi en garde – les enfants par exemple – envers une nature dangereuse ?
En effet, c’est un pays hostile depuis toujours. De l’arrivée des premiers colons jusqu’au monde moderne, c’est sauvage, avec un paysage très marqué, des tempêtes violentes, des éruptions volcaniques dont on parle jusqu’en Europe, le danger est permanent et cette dangerosité a dû marquer les esprits des Islandais, leur donner envie de se raconter des histoires mais, il n’y a pas que ça…
L’exposition montre des tirages argentiques, qui sont comme des tableaux, vivants, utilisez-vous un appareil argentique, numérique ?
Ma spécificité est que je suis issu de la photographie argentique, j’ai démarré avec cette technique, j’avais un laboratoire photo à Marseille où je passais mes nuits à faire mes tirages, c’est très important pour moi. Mais, par la suite, je me suis dirigé un peu à contrecœur vers le numérique pour des solutions de facilité sur le terrain. Pourtant, dans la prise de vue, je garde ce rapport à l’image du monde argentique, en faisant très peu de photos, et en même temps je suis très attentif à la restitution des images au niveau qualitatif, donc je reste, même en numérique, en rapport avec le monde argentique, pour les tirages.
Comment choisit-on de photographier un pays plutôt qu’un autre ?
C’est une bonne question ! Je fais souvent le parallèle avec les rencontres entre personnes. C’est au feeling et au coup de cœur. Il y a des destinations qui me parlent et d’autres pas et, comme je suis un photographe au long cours, je travaille plusieurs années sur un sujet et n’ai donc pas pléthore de destinations, mais celles qui me marquent, j’y reviens sans cesse, et l’Islande fait partie de ces destinations qui m’ont intriguées au départ et séduit par la suite.
Quel sera votre prochaine aventure, votre prochain voyage ?
L’Islande comme je vous l’ai dit, mais pas uniquement. En ce moment, j’ai des travaux de commandes sur les fortifications d’altitude, je vais donc dans les Alpes et en Italie. J’ai aussi deux expositions prévues en Suisse et en Tunisie et peut être que ça déclenchera des envies de poser mon regard sur ces destinations-là.
Weena Truscelli