Michel Estades – Deux regards sur la femme et la lumière.
Exposition « Regards Croisés : Max Agostini – Pierre Cornu » à la Galerie Estades à Toulon du 7 mars au 2 mai
La Galerie Estades à Toulon présente une exposition consacrée à Max Agostini et Pierre Cornu, à travers une quarantaine d’œuvres issues de l’ancienne collection de Janet Greenberg. Michel Estades rend hommage à deux artistes majeurs du XXe siècle qui ont célébré la femme, la couleur et la lumière avec des sensibilités différentes mais complémentaires.
Comment est née cette exposition ?
J’ai connu Pierre Cornu au tout début de ma carrière, à l’ouverture de ma première galerie en 1990. Il est venu le soir de l’ouverture. Il avait quatre-vingt-quinze ans. C’était un homme charmant, très éduqué, profondément épicurien. A ma question concernant sa longévité, il répondait : « Tous les soirs, avant de m’endormir, je pense à quelque chose qui m’a fait plaisir. ». Plus tard, je lui parle d’une croisière que je projette. Il me répond : « Je pars avec toi ! ». Il est devenu l’animation du bateau ! C’était un très beau monsieur, d’une classe folle, très amoureux des femmes – il en a fait son thème de prédilection. Cette exposition est aussi liée au destin de Janet Greenberg. Cette jeune américaine, croise un jour la femme de Pierre Cornu sur le Cours Mirabeau à Aix ; elle lui propose de poser pour lui. Son marchand Pierre Martin-Caille tombe sous le charme de cette jeune étudiante à la chevelure rousse. Ils se marient et il lui ouvre une galerie à Paris, en face de l’Hôtel Bristol. Janet Greenberg consacrera sa vie à défendre l’œuvre de Cornu et surtout celle de Max Agostini, avec qui elle se lie d’amitié et qu’elle va exposer en exclusivité. Elle organise à Paris des expositions très mondaines, où le Tout-Paris se presse. Elle décède du Covid en 2022.
Qu’est-ce qui lie ces deux artistes ?
On a qualifié Max Agostini de « dernier des impressionnistes ». Ses toiles font une large part à la nature, aux fleurs, aux jardins baignés de lumière. Janet apparait souvent dans ses compositions. Pierre Cornu, lui, a été marqué par le fauvisme – il fut d’ailleurs proche d’Émile Othon Friesz – avec un goût prononcé pour la couleur pure. Son modèle venait dans son atelier et il composait une scène avant de la fixer sur la toile. Il y a chez lui une vraie mise en scène, presque théâtrale. Ses paysages sont partis majoritairement aux États-Unis ; ses nus sont restés en France. Il a été ardemment défendu par Pierre Martin-Caille. Les vernissages étaient des événements culturels majeurs : Charles Bronson, le Shah d’Iran, Michèle Morgan…
Je présente une quarantaine d’œuvres issues de la collection Janet Greenberg : principalement des toiles impressionnistes pour Agostini, et pour Cornu des scènes de vie, des portraits féminins et des nus. C’est un ensemble cohérent, fidèle à l’esprit de ces deux artistes.
Qu’est-ce qui vous a poussé à consacrer votre vie à défendre les arts plastiques ?
La passion, tout simplement. Depuis l’enfance, j’aime la peinture. Mon oncle m’emmenait chez les antiquaires, dans les salons d’antiquités… Le goût du beau se forme très tôt : à douze ans, quand on visite des musées, on apprend à regarder. J’ai eu la chance de découvrir les grands maîtres à Saint-Tropez. Au collège, je fréquentais déjà des galeries d’art. En 1986, j’ai commencé avec un petit magasin rue Seillon, puis j’ai ouvert la galerie toulonnaise en 1990. J’ai compris que pour vivre de ce métier, il fallait présenter des artistes reconnus. Je suis allé voir naturellement les maîtres provençaux : Baboulène, Deval, Cornu, Sardi, Astoin… En 1993, j’ai ouvert un espace au marché Malassis de Saint-Ouen et en 1998, j’ai acquis la Galerie Saint-Vincent à Lyon. Puis, en 2000, j’ai rencontré Maurice Garnier, expert et marchand de Bernard Buffet. Il m’a permis de présenter cet artiste majeur et de l’exposer jusqu’à aujourd’hui dans mes trois galeries de Toulon, Lyon et Paris – Place des Vosges (acquise en 2009).
F. Lo Piccolo