Michel Hilaire – Les fabuleuses aventures d’une forme.

Exposition « Claude Viallat – Avatar, 2005>2025, Clin d’œil à Jean Fournier“ à l’Hôtel des Arts TPM de Toulon, jusqu’au 25 avril

Michel Hilaire est conservateur général honoraire du patrimoine, historien de l’art français et commissaire de l’exposition Claude Viallat, “Avatar 2005>2025“, actuellement visible à l’Hôtel des arts de Toulon. Il connaît bien Claude Viallat et son œuvre, et nous éclaire sur l’artiste et sa vision de la peinture.

Vous venez de quitter, après plus de trente ans, la direction du Musée Fabre de Montpellier que vous avez enrichi d’une collection d’œuvres d’art contemporain avec des artistes comme Pierre Soulages ou Claude Viallat, appréciez-vous particulièrement les artistes anti-conformistes ?
Ce sont d’abord des rencontres. Quand je suis venu à Montpellier, j’ai rencontré les grandes figures qui étaient liées au Musée et à la région, et donc évidemment, Pierre Soulages, qui était aussi un ami de l’un de mes maîtres à Paris, Michel Laclotte, ancien directeur du Louvre. Michel Laclotte m’avait encouragé, à la fin des années 90, non seulement à acheter des œuvres de Soulages, mais aussi à l’amener progressivement à donner, ce qu’il a fait. Pour Claude Viallat, cela s’est fait en parallèle, car les artistes étaient amis. J’ai donc été voir Viallat dans son atelier de Nîmes, et avec lui aussi, une relation d’amitié s’est très vite instaurée, c’est cela qui m’intéresse avant tout. Il y a eu au musée Fabre, une première exposition Viallat en 1998, puis une grande rétrospective en 2014, elles ont été suivies de magnifiques donations qui sont venues rejoindre mes nombreux achats pour la collection du Musée, qui possède donc trente-quatre Soulages et une cinquantaine de Viallat. Les œuvres ne sont pas continuellement exposées, les collections tournent, mais Viallat est fortement présent, il est vraiment un artiste de référence pour sa génération.

Claude Viallat fait partie du mouvement support/surfaces, pouvez-vous nous en parler ?
C’est un des derniers mouvements contestataires de la fin des années soixante. On y trouve des artistes qui tendent à déconstruire le tableau traditionnel, avec son cadre, son châssis, ses références aux musées ou à un marché de l’art. Ces très jeunes artistes, dont Viallat, font éclater les frontières et n’hésitent pas à exposer dans l’espace public. Ce mouvement est une remise en cause de l’institution, une critique fondamentale de la peinture traditionnelle et Viallat, dès 1966, opte pour le travail au sol, pour une toile libre, non apprêtée, ce qui est totalement révolutionnaire à ce moment-là. Son travail, c’est avant tout la couleur, son aventure avec le support qu’il attaque de façon spontanée, immédiate, en le faisant réagir.

“En fait, ce que je n’aime pas, c’est prévoir le résultat“, est-ce la phrase de Viallat qui exprime le mieux sa vision de la peinture ?
Oui, c’est quelqu’un qui n’est pas du tout dans la planification de l’œuvre. Il utilise “sa forme“ que l’on appelle haricot, palette, osselet ou autre, qui est une forme neutre qui lui permet de travailler depuis plusieurs décennies. Cette forme réagit aux supports les plus variés, et Viallat dit que c’est le travail qui lui apprend ce qu’il fait, car une fois que l’action de la peinture est terminée, ça le chasse de sa toile et il considère que l’œuvre est finie, acceptée comme telle.

Pourquoi l’exposition at-elle pour titre « Avatar 2005>2025 » ?
Cet évènement est une réponse à la première exposition de Viallat en 2005 à l’Hôtel des arts de Toulon, elle célèbre ses vingt ans et rend hommage au marchand d’art parisien Jean Fournier, qui a beaucoup défendu l’œuvre de Viallat, d’où le nom “Avatar, 2005>2025, Clin d’œil à Jean Fournier“.

Weena Truscelli