Mokidjo – Un trio afro-jazz en liberté.
Mokidjo en concert le 9 octobre à La Candelouno à La Celle avec Tropical Jinga et le 10 novembre au Telegraphe à Toulon
Né de la rencontre entre trois musiciens aux univers complémentaires, le groupe varois Mokidjo mêle jazz, reggae, afrobeat et musiques du monde dans une formule aussi libre qu’organique. Julian Broudin, saxophoniste et initiateur du projet, présente ce trio qui jouera à la Celle dans un concert programmé par la SMAC Tandem, puis au Telegraphe.
Comment est née l’envie de créer Mokidjo, autour de vos trois personnalités ?
J’avais travaillé avec Loïc Wostrowski, alias Kilo, musicien de reggae marseillais qui a joué avec Raspigaous et fait une tournée avec IAM en Égypte, autour d’un projet afro-jazz, Pharaonix. J’ai ensuite rencontré Isaac Koffi, bassiste ivoirien, avec qui j’ai monté Abi Afrobeat. Je me suis dit que ces deux musiciens devaient absolument se rencontrer. Nous avons joué tous les trois et la connexion a été immédiate. J’avais depuis longtemps envie de monter un trio. À trois, il y a une liberté particulière. On voulait travailler sans harmonie, avec uniquement le saxophone, la basse et la batterie. On retrouvait beaucoup cette formule dans les années 1970, avec des univers très libres que j’aime beaucoup. Nous avons commencé par enregistrer des improvisations et, après seulement quelques répétitions, les morceaux sont arrivés très naturellement. Nous sommes ensuite entrés en studio et avons enregistré trois titres. Nous voulons publier un EP au printemps.
Vos influences vont du jazz au reggae en passant par l’afrobeat. Comment les faites-vous cohabiter ?
Nous ne nous sommes jamais dit qu’il fallait entrer dans une esthétique précise. Nous voulions surtout une énergie organique et directe. Sans harmonie, tout repose sur le rythme et sur l’énergie que la basse et la batterie transmettent. De mon côté, j’amène les thèmes, avec en ce moment beaucoup d’influences africaines et éthiopiennes, ou musique traditionnelle. Nous sommes tous les trois très ouverts aux musiques du monde et cela se mélange naturellement. Cette configuration offre une grande liberté de composition. On peut même partir d’un rythme proposé par le batteur, improviser dessus, puis Isaac trouve quelque chose à la basse et les images arrivent. À partir de là, je peux construire un univers musical. C’est une véritable composition à trois. Nos personnalités se mélangent et il y a une vraie complémentarité. La singularité de ce trio, c’est aussi que les rôles peuvent s’inverser : le bassiste peut devenir mélodiste, le saxophone peut prendre une fonction rythmique et la batterie créer des atmosphères. Rien n’est vraiment figé.
Cette liberté se retrouve-t-elle sur scène ?
Oui. Nous avons déjà donné quelques concerts, mais nous avons surtout beaucoup joué ensemble. Le live possède des structures, mais reste très improvisé. Chaque concert est donc différent. Nous avons aussi la chance qu’Isaac soit chanteur et bassiste. Je chante également parfois pour créer de petites harmonies ou scander des parties afro. Nous sommes beaucoup tournés vers les textes et les sonorités africaines.
Le concert à La Celle sera notre première date en intérieur, après plusieurs concerts en extérieur. Nous sommes dans une énergie physique qui appelle la danse. Nous allons jouer nos compositions et proposer quelques arrangements autour de morceaux connus de Coltrane ou Fela Kuti, avec aussi une surprise autour d’un artiste londonien tubiste. Et le 10 novembre, nous serons au Telegraphe pour un concert où nous inviterons plusieurs guests.
Quels sont les thèmes qui traversent vos morceaux ?
Dans « Utiopic », on parle d’utopie, avec des paroles assez naïves traduites par la mère d’Isaac dans un dialecte ivoirien, dans un style proche du jazz éthiopien. « Nyctalope » est celui qui voit dans la nuit, c’est un symbole qui nous parle. Et un morceau qui n’est pas encore sorti s’appellera « Ubuntu », autour de cette philosophie africaine du vivre ensemble : la vie n’est possible que si je vis avec ceux qui m’entourent. C’est une idée simple, mais qui mérite d’être réaffirmée aujourd’hui. Nous voulons porter des messages universels, même si, dans notre musique proche du jazz, le texte n’est pas toujours central.
Fabrice Lo Piccolo