Nessim Chikhaoui – D’éducateur à réalisateur.

Cinéma

Placés – sortie le 12 janvier 2022

Nous avons rencontré Nessim lors de l’avant-première du film au Pathé La Valette. Avant d’être scénariste – il a notamment participé à l’écriture des Tuches 2 – il avait travaillé auprès de jeunes en tant qu’éducateur en foyer. Pour sa première expérience derrière la caméra, il a choisi de raconter sa propre histoire pour un résultat émouvant.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’arrêter le métier d’éducateur ?

En 2014, j’ai eu une idée de scénario sur la Tunisie dont j’ai parlé à mon ami Philippe Mechelen, auteur aux Guignols et qui a écrit le scénario des « Tuches ». Quand il a écrit « Les Tuches 2 », il m’a demandé de participer à l’écriture. C’est là que j’ai rencontré le producteur du film, le varois Matthieu Tarot, et je lui ai dit que je voulais écrire cette histoire sur mon passé d’éducateur, mais, un peu au culot, je lui ai dit : « si je l’écris, je réalise le film. ». Et voilà !

Comment passe-t-on du scénario des « Tuches » à ce film plus personnel ?

C’est assez simple finalement. Les Tuches, c’est peut-être plus difficile. Faire rire est ce qu’il y a de plus dur. On pleure tous des mêmes choses mais on ne rit pas des mêmes choses. De plus, j’ai vécu cette histoire. J’ai aussi eu la chance de rencontrer Hélène Fillières qui a co-écrit le scénario avec moi et qui a l’habitude d’écrire pour le cinéma d’auteur.

C’était un défi d’arriver à avoir ce ton qui alterne comédie et drame ?

Pour moi, c’était indispensable que ce soit un mélange. D’abord, je ne suis pas fan de drames, si j’ai deux heures à passer, je n’ai pas envie de voir ça. En même temps, c’était naturel d’insuffler de la comédie, j’ai vécu des moments de grande rigolade dans ce métier. Mais je ne pouvais pas être dans la grosse blague non plus, il fallait bien doser les moments de vie et ne pas tomber de l’autre côté dans le pathos. Ce sujet-là a déjà été traité d’un point de vue plus dramatique.

Est-ce particulier de diriger de jeunes comédiens non professionnels ?

Ça a été assez simple. J’ai fait le casting, j’ai rencontré beaucoup de jeunes. C’était important pour l’authenticité qu’ils ne soient pas professionnels. Je suis très fier de ces acteurs.

A quel point est-ce fidèle à ta propre expérience ?

Bon, j’ai pas fait Sciences Po et j’ai pas pécho Mathilde ! Le crachat par contre c’est vrai. Quand on me dit : « Pour toi, c’est qu’un métier » aussi, alors que non, ce n’est pas qu’un métier. Et mon père m’ouvrait mes enveloppes !

Est-ce que tu n’as pas exagéré le bon côté des choses ?

J’avais envie de montrer qu’il y a de l’espoir. La situation des Contrats Jeune Majeur est complexe. En Seine et Marne on n’a pas du tout de contrat pro jeune par exemple. Si on ne le signe pas, l’enfant à dix-huit ans se retrouve à la rue. Mais j’ai connu une personne dans mon département qui s’est retrouvée à la rue à dix-huit ans et un jour, et qui est finalement devenue députée. Moi, c’est ça que j’ai vécu, les petits trouvaient ça bien, la maison d’enfant. Il n’y a pas longtemps, j’ai revu quelqu’un qui était avec nous : il allait au mariage de son meilleur ami, rencontré en foyer. Un placement n’est jamais anodin, mais beaucoup le prennent positivement et s’en tirent. On demande à ces jeunes d’être plus mûrs que les autres, d’être autonomes, alors qu’ils sont défavorisés. Ma plus grande réussite est de valoriser ce métier et que les éducateurs s’y retrouvent.

Fabrice Lo Piccolo

Janvier 2022