Olivier Bénézech – L’orfèvre du Musical.
Putting It Together, une production de l’Opéra de Toulon, les 24, 26 et 28 avril 2026 au Liberté à Toulon.
Dans cette nouvelle production de l’Opéra de Toulon, les coulisses deviennent le théâtre de toutes les vérités. À travers « Putting It Together », un montage de chansons signé Stephen Sondheim, Olivier Bénézech explore les tensions et les ambitions qui animent le monde du spectacle. Le metteur en scène revendique ici l’intelligence d’un genre qu’il traite avec la minutie d’un artisan, proposant au public une immersion visuelle et sonore d’une rare finesse.
On présente souvent ce spectacle comme une « comédie musicale », mais vous semblez trouver ce terme trop réducteur…
Je n’aime pas tellement ce mot ! Je préfère parler de « théâtre musical ». La comédie musicale évoque souvent quelque chose de léger, parfois un peu « cucul la praline ». Les Anglais ont un mot très juste : musical. Quand on joue « West Side Story » ou « Les Misérables », ce n’est pas vraiment drôle, c’est du sérieux. Le théâtre musical, c’est de l’orfèvrerie, une exigence très pointue, peut-être même plus que l’opéra, parce qu’il faut tout tenir en même temps : le jeu, la musique, le rythme. Et puis, à un moment, on a envie de changer d’air, sans renier pour autant son parcours classique.
Vous avez choisi de situer l’action dans les coulisses d’un théâtre. Pourquoi montrer cet envers du décor ?
Parce que c’est là que ça palpite ! J’ai voulu placer l’action dans les coulisses, où les acteurs répètent. C’est un endroit très particulier, presque troublant, où la réalité se mélange à la fiction. Les comédiens s’y retrouvent, s’affrontent, font des aveux qu’ils n’avaient pas forcément préparés. Ce qui m’intéresse, ce sont les rapports humains, le vrai et le faux. Le théâtre n’est pas un monde magique où tout est simple : c’est un lieu de tensions, d’ego parfois, mais aussi un combat pour l’intégrité artistique.
On sent une vision très lucide des tensions et des ambitions du milieu. Est-ce aussi ce qui fait la dimension politique de Sondheim ?
C’est une certaine idée de l’Amérique, celle qu’on aime et qui disparaît. Il marque une rupture avec le rêve américain. Le monter aujourd’hui, notamment en région, c’est presque un acte militant. En France, on a parfois ce complexe de vouloir du “chic” et de l’intellectuel, mais lui prouve qu’on peut être populaire sans être vulgaire. C’est une culture exigeante, qui refuse de céder à une forme d’aveuglement face à ce qui abîme le monde. Et puis New York n’est pas l’Amérique : c’est une capitale artistique à part.
Cette aventure repose aussi sur une forte complicité avec vos interprètes…
C’est essentiel ! Quand on travaille avec des artistes avec qui on est sur la même longueur d’onde, on gagne un temps fou. Il y a une forme de “sympathie” au sens premier, un instinct commun. On se comprend presque sans parler. C’est ce qui permet de faire passer la sensibilité d’une œuvre. Dans le théâtre musical, cette sensibilité passe énormément par la musique : c’est un langage universel, qui va souvent beaucoup plus loin que le texte et qui touche immédiatement le spectateur.
Le spectacle est chanté en version originale surtitrée. Est-ce une façon de rendre ce genre plus accessible ?
Bien sûr. Le surtitrage a complètement ouvert ces œuvres au public. Traduire Sondheim serait une erreur, tant son écriture est fine, précise, presque ciselée. Aujourd’hui, le public demande la version originale, et il a raison, ça fonctionne très bien : c’est une porte d’entrée idéale, même pour ceux qui n’ont jamais vu de théâtre musical. C’est un spectacle vivant, visuel, d’une heure trente, qui peut parler à tout le monde, sans exclure personne. Si on n’a pas ce plaisir de partager, il faut laisser la place aux autres ! En bref, « Putting It Together » est une plongée dans les coulisses du théâtre musical, où exigence, humour et humanité se mêlent pour offrir au public un moment unique.
Julie Louis Delage