Olivier Gourvil – Entre abstraction et présence humaine.

Exposition « Alter ego », jusqu’au 29 mars à La Maison du Cygne à Six-Fours.

Avec « Alter ego », Olivier Gourvil explore une abstraction sensible et construite, où la rigueur géométrique dialogue avec des formes presque humaines. Rencontre avec un peintre pour qui le dessin est à l’origine de tout.

Votre travail s’inscrit dans le courant de l’abstraction géométrique. On pense à Mondrian, ou plutôt aux peintures de Le Corbusier et de Shirley Jaffe, cités par le commissaire d’exposition Gilles Altieri. Comment vous situez-vous dans cet héritage ?
J’ai bien connu Shirley Jaffe, et Le Corbusier est une référence majeure pour moi. Je suis très sensible à l’architecture — j’ai d’ailleurs suivi deux années d’études dans ce domaine avant de m’engager pleinement dans la peinture. Cela dit, je ne me considère pas comme un peintre strictement abstrait. Mon travail se situe plutôt dans une zone d’hybridation : une abstraction traversée par des formes qui évoquent des figures, parfois presque humanoïdes. Il y a une dimension de présence, de silhouette, qui reste très importante. J’ai aussi peint des paysages — or on sait que le paysage est l’une des sources historiques de l’abstraction, notamment lorsque le personnage disparaît. Je me suis également intéressé aux objets. Mais la figure ne m’a jamais quitté.

Votre procédé de peinture implique des dessins préparatoires et l’utilisation de ruban adhésif. Comment naît votre inspiration ?
Elle vient de sources extrêmement diverses, mais le point de départ est presque toujours le dessin, que je pratique quasi quotidiennement. Certains dessins conduisent naturellement à des peintures. À force de travail régulier et récurrent, il fait émerger des suggestions de formes, de compositions, de relations entre les éléments. À un moment, je décide que ce dessin deviendra un tableau — et on en retrouve alors la structure dans la peinture. Le ruban adhésif est la reprise de ce dessin initial gestuel, très intuitif. Il y a ensuite une projection sur la toile et un changement d’échelle. Je décide si le tableau la taille, l’épaisseur du trait… L’adhésif me permet d’obtenir un trait régulier, une construction maîtrisée. C’est une manière de transformer une impulsion initiale en une forme construite.

Vous utilisez des aplats de couleurs pures, souvent proches des couleurs primaires. Que cherchent-elles à exprimer ?
Ce ne sont pas des couleurs primaires au sens strict, mais des couleurs pures proches des couleurs de base, oui. C’est en cela que je me rapproche de l’abstraction.
Les aplats donnent à la couleur toute sa force plastique. Je ne recherche pas de gestualité dans la couleur elle-même. Ce qui m’importe, c’est sa qualité émotionnelle : les contrastes, le plaisir sensible qu’elle procure. La couleur est sans doute l’un des sujets les plus difficiles à verbaliser pour un peintre. On entre très vite dans le domaine de la sensibilité et de l’intuition, ce qui est essentiel pour moi.

À La Maison du Cygne, vous avez développé une création in situ, ce que vous appelez un « dessin-fantôme ». De quoi s’agit-il ?
C’est une pratique développée à partir de 2015 lors d’une expo à Séoul pour remplacer un tableau prêté. Le dessin-fantôme est donc le dessin d’un tableau existant, une reprise de ses structures principales. Ici, il s’agit d’ »Ipso Blue », qui convenait particulièrement bien au lieu. J’avais envie de dialoguer avec le carrelage très présent de La Maison du Cygne, d’en retrouver le rythme et le charme. Je le réalise avec de l’adhésif, et sa dimension fantomatique tient à son caractère éphémère : on peut le décoller rapidement.

Fabrice Lo Piccolo