Pascal Gallon – Luth, poésies et polyphonie.

Pascal Gallon est multi-instrumentiste, chanteur, danseur, mais aussi professeur de luth et autres instruments anciens dans les conservatoires de Toulon et d’Aix-en-Provence. Concertiste fortement sollicité, il accompagne souvent Les Voix Animées dans leurs aventures musicales.

D’où vient votre passion pour le luth et les autres instruments anciens ?
Je dirais que c’est le résultat de mon enfance. J’ai grandi dans un milieu culturel d’enseignants ayant une vie associative et sociale très riche, qui m’a ouvert à la danse, au chant, m’a mené à faire partie de chorales et à me passionner pour le sport. Puis j’ai choisi de faire des études de musique et je suis venu dans la région. J’ai fait cinq ans d’études entre Aix et Marseille. Après l’obtention d’une médaille d’or au conservatoire de Marseille en classe de guitare, j’ai encore diversifié mes pratiques. Je me suis inscrit dans un ensemble vocal, j’ai touché à plein d’instruments dont le luth, la flûte à bec, le violon… Je faisais aussi énormément de danse traditionnelle et fréquentais les milieux folks. Puis, je suis retourné en Normandie enseigner toutes ces disciplines. Lors d’un stage, un musicien m’a dit qu’avec le niveau que j’avais en guitare, je devrais me mettre au luth et c’est ce que j’ai fait, à environ vingt-huit ans, je me suis converti au luth ! J’ai repris un cycle d’études complet et obtenu la récompense de fin d’études du conservatoire, le diplôme d’État de professeur de musique ancienne, et j’ai commencé à jouer un peu partout. J’avais une activité multiforme, jouant de plusieurs instruments, chantant, et je me suis également spécialisé dans les cornemuses anciennes. Il y a quinze ans, je suis revenu dans la région pour enseigner le luth aux conservatoires de Toulon et d’Aix, et c’est là que j’ai retrouvé Luc Coadou, ancien collègue au conservatoire de Caen, qui dirige Les Voix Animées. Nous avons alors commencé à travailler ensemble.

Était-ce une pratique courante durant la Renaissance que d’avoir un luthiste et plusieurs chanteurs ?
C’est même une pratique historique qui date de la Renaissance. Le luthiste peut chanter en s’accompagnant lui-même, il réduit la polyphonie sur son instrument à deux ou trois voix et chante une des voix. Il peut donc faire seul ce que fait un ensemble vocal à quatre ou cinq voix, mais il peut aussi évidemment, accompagner un ou plusieurs chanteurs.

Jouerez-vous d’autres instruments que le luth avec Les Voix Animées ?
Je jouerai en tout cas de plusieurs formes de luth, de différentes tailles ou tonalités suivant les besoins. Le luth a beaucoup évolué du Moyen Âge jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, il s’est transformé pour s’adapter aux différentes musiques. Il y a aussi la petite guitare Renaissance, à quatre cordes, ancêtre de la guitare actuelle, avec laquelle on accompagne en faisant essentiellement des rythmes et des accords. Le cistre a des cordes métalliques et se joue avec un plectre, une plume, et je peux être amené à utiliser ces trois instruments avec Les Voix Animées.

Que pouvez-vous nous dire sur le programme que vous jouerez avec Les Voix Animées ?
Il sera essentiellement consacré à la musique française et franco-flamande, avec des œuvres composées sur des poèmes de Clément Marot, Pierre de Ronsard et Joachim Du Bellay. Il s’agit de textes mis en musique à quatre ou cinq voix. Ici, pas de voix principale, chaque voix chante une mélodie différente. En se mélangeant, les voix créent la polyphonie.

Weena Truscelli