Philippe Chuyen, De retour à Avignon !

La Révérence – Théâtre Les Lucioles Du 6 au 27 juillet – 10h30
Les Pieds Tanqués Boulodrome de l’île Piot Du 6 au 27 juillet – 19h15

Le Festival d’Avignon, plusieurs représentations à travers le département, l’été va être intense pour la compagnie Artscénicum avec deux pièces « La révérence » et « Les Pieds tanqués ». Présentation avec Philippe Chuyen, l’auteur et le fondateur d’une compagnie qui fêtera ses vingt ans cette année.

 

Dans «Les Pieds Tanqués», vous évoquez la Guerre d’Algérie d’une manière peu commune…
C’est la guerre d’Algérie vue au travers… d’une partie de pétanque ! Je mets quatre joueurs en scène : un rapatrié, un Français d’origine algérienne, un Provençal pur jus, et un Parisien fraîchement arrivé en Provence. On apprend petit à petit qu’ils ont tous un lien filial et intime avec la guerre d’Algérie, une plaie encore ouverte. Ils vont s’opposer, s’engueuler, se dire leurs vérités. La question que devait poser cette pièce était selon moi : est-ce que des personnes aux origines aussi contradictoires peuvent encore jouer ensemble ?

Cela reste difficile d’aborder ce thème-là, même plus de cinquante ans après les faits ?
L’idée était de jouer sur l’étymologie du pied « tanqué » qui signifie le pied planté, enraciné, et d’ouvrir sur l’angle des populations déracinées ou enracinées. C’est une pièce dans laquelle les mémoires s’entrechoquent mais attention, on y rit beaucoup. Le grand conteur Yvan Audouard disait que le jeu de boules était à la Provence ce que le théâtre de Delphes était à la Grèce antique, un lieu de tragédie. Il terminait cependant en disant qu’à la fin tout le monde meurt… de rire ! Au théâtre, on se relève après la mort et on en rit. C’est aussi cela la fonction du théâtre : rire de la mort parce que ça nous tient en vie. Depuis 2012, nous avons déjà joué cette pièce près de trois-cent cinquante fois à travers la France.

Avec «La révérence. Mai 68, De Gaulle et moi…», votre dernière création, vous évoquez un épisode encore trouble de l’histoire contemporaine ?
Je cherchais comment aborder Mai 68. C’est le journaliste José Lenzini qui m’a soufflé l’idée : il connaissait la seule personne à avoir accompagné De Gaulle et son épouse à Baden-Baden, le 29 mai 1968 pour une visite secrète au Général Massu, chef des forces françaises en Allemagne. Cette personne c’est François Flohic, l’ancien aide de camp de De Gaulle, qui habitait à Six-Fours, décédé en 2018. José m’a présenté ce vieil amiral qui était ravi de nous recevoir : le projet était lancé et j’ai co-écrit la pièce avec José.

On y découvre de très près la personnalité du Général…
Je m’intéresse à sa personnalité intime, à ses doutes, ses colères, ses visions, à sa façon de se rendre compte qu’il n’est plus en phase avec les Français, comment il sombre dans la déprime, mais aussi comment il va rebondir et retourner la situation à son avantage. Tout au long de la pièce, le personnage de François Flohic étaie par des interventions en vidéo les situations abordées sur scène. C’est assez fidèle à la réalité historique, avec cependant un invité surprise, un brillant soixante-huitard, qui va venir contredire De Gaulle, personnifiant ainsi ces deux visions du monde qui sont appelées à s’éloigner inexorablement.

Les deux pièces se jouent pour la deuxième année consécutive au Festival d’Avignon, vous revenez avec les mêmes intentions ?
En ce qui concerne « La Révérence », nous avons toujours un doute même si nous avions eu de très bons retours l’année dernière. A Avignon on a besoin de persévérer pour pouvoir s’imposer. Il faut au moins deux festivals pour qu’une pièce trouve son public. « Les Pieds Tanqués » fonctionne bien. Les sujets politiques sont délicats à traiter. Refaire le Festival d’Avignon avec « La Révérence » est une manière pour nous de consolider la relation de cette pièce avec le public et les programmateurs.

 

Le projet est porté par Philippe Chuyen, comédien, auteur et metteur en scène. Celui-ci se passionne pour l’Art Dramatique depuis sa rencontre en 1989 avec Laure Fouilloux qui animait depuis 1965 l’Atelier de La Licorne à Toulon, cette dame fut élève et compagnon de route de Louis Jouvet. En 1995, Il obtient à Avignon le prix du coup de pouce au Off, pour son interprétation de « Comme la Pierre »,
un texte contemporain de Romain Weingarten qu’il joue à Paris et en province. En 1998, Il fonde dans le Var la compagnie Artscénicum et à partir de 2001 crée ses propres spectacles.

 

Site Web de Artscénicum Théâtre