Philippe Lezer, je crée ce qui doit exister

Philippe Lezer joue avec l’espace. Ses sculptures défient les lois de la gravité et de la logique. Jouant des matières, des couleurs, des formes, il crée des oeuvres très personnelles, dans la liberté la plus totale. Il nous en présentera une partie à la Galerie Ravaisou à Bandol.

 

Quelles pièces allez-vous présenter à la Galerie Ravaisou ?
J’en ai trente-cinq, ça fait beaucoup, j’aime occuper le volume. Micheline Gaillard, la commissaire de l’exposition a choisi, en accord avec moi, d’après les photos que je lui ai envoyées. On trouvera mes premières pièces des années 80, certaines des années 90 et presque toutes les dernières. 
 
Votre utilisez divers matériaux, couleurs,  formes, quelle est la patte Lezer ?
Mon principe c’est le graphisme, l’écriture dans l’espace. J’essaie d’accrocher la lumière. Je suis très intuitif, je travaille en ronde-bosse. Je fais un dessin, j’ai le côté face et il faut que je trouve le côté pile. C’est parfois très géométrique, avec des lignes tendues, parfois des courbes. La symétrie m’intéresse très peu. Après le dessin, je fais souvent des petits modèles en plastiline, puis j’attaque l’atelier. Mes originaux sont en plâtre, ensuite je fais le moule, et je peux aboutir à une pièce en bronze ou en résine. A Bandol, je présenterai beaucoup de bronzes. Je cherche à traduire des émotions, avec une démarche esthétisante. Avant je travaillais beaucoup de blanc, puis j’ai ajouté couleur et graphisme : je dessine sur certaines pièces.
 
Pourquoi choisir un matériau en particulier ?
Avant tout j’adore le travail du plâtre. Au départ tous les sculpteurs travaillent en plâtre. On ferraille d’abord avec des armatures métalliques, puis on gâche du platre et la pièce monte. Je travaille également le marbre. Les originaux en plâtre me permettent d’aller plus vite et de produire plus de pièces. Si je pouvais faire réaliser tout mon travail dans des fonderies je le ferai, comme Brâncusi ou Arp. Mais c’est trop onéreux, en général c’est sur commande. J’ai également fait du monumental pour les Jardins de la Sculpture à Châteauvert. Avec la résine, c’est le poids qui est intéressant.
 
Vous avez commencé à exposer vers trente ans, quel fut le déclic ?
J’ai ça en moi depuis toujours, le déclic a été de faire de la 3D. Quand j’ai été à l’académie de Claude Payet pour faire de la peinture et du dessin, il me manquait quelque chose. J’ai voulu passer à la troisième dimension. J’ai toujours dessiné et fait des expos. Une fois que j’ai eu une assise familiale j’ai pu passer à la sculpture. Parmi les artistes qui ont provoqué le déclic, il y a eu Fontana, quand j’ai vu ses entailles dans les toiles. Puis Georges Mathieu qui pratiquait l’abstraction lyrique, qui laissait partir sa main, peignait avec les tubes, ça me fascinait. Je dessine tous les jours, j’improvise, j’ai des milliers de croquis. Je m’inspire de ces dessins, je fais des choix puis développe mes sculptures.
 
Quelles sont vos inspirations et vos modèles ?
Tout est improvisé. Je pars du principe que ça doit exister alors je les crée. Je ne quitte pas cette direction de travail de développer des volumes à mon idée. Il faut que chaque œuvre soit différente de la précédente. J’admire Brâncusi, Arp, Moore, ou Lawrence qui est à l’origine de l’évolution de la sculpture. Il observait les cailloux puis créait ses œuvres. Moi c’est plus de l’introspection, je ne me refuse rien. Si je foire j’en fais quelque chose de positif.

 

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