Raphaël Dupouy – Quand la lumière du Midi inspire les artistes.
Exposition « Couleurs du Var », jusqu’au 30 mai à la Villa Théo au Lavandou
L’exposition « Couleurs du Var » retrace plus d’un siècle de création artistique inspirée par la lumière et les paysages varois. Du néo-impressionnisme à la scène contemporaine, Raphaël Dupouy, attaché culturel à la Ville du Lavandou et commissaire de l’exposition, propose un parcours chronothématique réunissant figures majeures et artistes actuels.
Quelle a été l’influence des paysages varois dans la création artistique ?
Avant tout, il y a la lumière du Midi. À la fin du XIXe siècle, l’arrivée de la voie ferrée reliant Toulon à Saint-Tropez désenclave ces villages encore isolés. Les artistes découvrent alors des paysages sauvages, préservés, baignés d’une lumière très particulière. Parmi les premiers peintres auxquels nous sommes très attachés au Lavandou figure Henri-Edmond Cross, qui s’installe dans la région en 1891. Les artistes travaillent beaucoup en extérieur, trouvent de nouveaux motifs, s’invitent les uns les autres. Très vite, d’autres figures majeures arrivent, comme Paul Signac à Saint-Tropez qui devient l’un des chefs de file du néo-impressionnisme. Théo Van Rysselberghe ou encore Maximilien Luce participent à cet élan. Une vague d’artistes marseillais rejoint également la région, tandis que les peintres toulonnais comme Courdouan et Nardi restent dans une tradition plus classique, représentant par exemple l’anse Méjean ou le Cap Brun autour de Toulon. On passe ainsi d’une peinture toulonnaise assez académique à des courants plus modernes, du néo-impressionnisme jusqu’aux couleurs très libérées du fauvisme. C’est cette époque fondatrice que nous évoquons dans la première partie de l’exposition.
Comment avez-vous choisi les artistes présentés ?
Nous partons des classiques toulonnais et traversons les époques jusqu’à la création contemporaine. Nous présentons des artistes auxquels nous sommes très attachés, comme Cross ou Van Rysselberghe, mais aussi d’autres que nous n’avions encore jamais montrés ici, tels Charles Camoin ou Louis Valtat. Grâce au concours de la Galerie Michel Estades, nous exposons également des œuvres plus modernes, notamment de Bernard Buffet. Et nous ouvrons le parcours à la scène actuelle avec de jeunes artistes, dont Caroline Vicquenault qui présente quatre œuvres. Elle fut l’élève de Solange Triger aux beaux-arts de Toulon : nous avons choisi d’accrocher un tableau de l’une et de l’autre côte à côte, créant un dialogue autour des paysages du Verdon et de Giens. Le parcours est chronologique, mais structuré par grands mouvements : néo-impressionnisme, fauvisme, art moderne avec Buffet, puis artistes contemporains. Toutes ces œuvres ont en commun d’avoir été peintes dans le Var, par des artistes varois ou venus d’ailleurs, séduits par ses couleurs.
Pouvez-vous nous présenter quelques œuvres ?
Parmi les moments forts, un hommage appuyé à Van Rysselberghe, avec « Anthémis en fleurs », peint à Saint-Clair. L’œuvre revêt une dimension particulière puisque la Villa Théo fut son ancien atelier, et que nous célébrons le centenaire de sa disparition. Le tableau, prêté depuis la Belgique, est un véritable coup de cœur. Autre pièce majeure : un tableau d’Henri Manguin représentant son épouse assise sur un ponton à Saint-Tropez, peint en 1904. Très fauve dans son traitement, il fait le lien entre tradition et modernité. Il figure d’ailleurs sur le carton d’invitation de l’exposition. Le grand format de Caroline Vicquenault (160 x 200 cm) marque également le parcours par sa présence puissante et contemporaine. S’ajoutent les œuvres d’artistes de la Galerie Estades liés à la région comme Marie Astoin, Bernard Buffet, Jean-Pierre Maltèse, Olivier Lavorel ou encore Serge Plagnol.
Fabrice Lo Piccolo