Régis Wargnier – Absences, héritages et saveurs.
« La Réparation », sortie le 16 avril
À l’occasion de l’avant-première au Pathé Toulon de son nouveau film, « La Réparation », le réalisateur Régis Wargnier nous a accordé un entretien exclusif. Ce drame poignant, qui explore les thèmes de la disparition et de la transmission, marque le grand retour du cinéaste sur le devant de la scène cinématographique.
Votre film s’intitule « La Réparation » et traite de la disparition soudaine d’un chef étoilé. Qu’est-ce qui vous a inspiré ce sujet ?
J’ai été profondément marqué par la disparition d’un proche dans mon entourage. Observer la manière dont sa famille a dû reconstruire sa vie, gérer l’absence et chercher des réponses m’a interpellé. Cette expérience m’a conduit à explorer les différentes étapes du deuil, notamment l’incrédulité, l’espoir, la douleur et le doute. C’est cette « présence de l’absence » qui m’a inspiré l’histoire de Clara, cette jeune femme de vingt ans qui se retrouve à la tête du restaurant familial après la disparition mystérieuse de son père, le célèbre chef Paskal Jankovski.
Le film se déroule en partie en Bretagne. Pourquoi avoir choisi cette région comme décor principal ?
La Bretagne occupe une place particulière dans mon cœur et dans ma filmographie. Dès 1986, avec « La Femme de ma vie », j’ai situé une scène à Groix. Mon deuxième film, « Je suis le seigneur du château », se déroule entièrement dans les Côtes-d’Armor. Résidant à Moëlan-sur-Mer, il m’a semblé naturel de puiser dans les paysages bretons pour donner vie à « La Réparation ». Les forêts denses, les rivières impétueuses et les falaises abruptes offrent une toile de fond idéale pour refléter les tourments intérieurs des personnages. De plus, la richesse gastronomique de la région s’accorde parfaitement avec l’univers culinaire du film.
La gastronomie est au cœur de votre film. Comment avez-vous travaillé cet aspect avec vos acteurs ?
Il était essentiel que les scènes en cuisine soient authentiques et crédibles. Clovis Cornillac et Julia de Nunez ont passé du temps en immersion dans des cuisines professionnelles pour comprendre les exigences et la rigueur du métier. Lors du tournage dans un restaurant gastronomique de Pont-Aven, les jeunes cuisiniers et serveurs ont été témoins de la scène intense où le personnage de Clovis exprime sa colère. Ils étaient fascinés, mais Clovis a su les intégrer au jeu, créant une dynamique réaliste et immersive. Cette interaction entre acteurs et professionnels de la cuisine a permis de restituer fidèlement la tension et l’excellence qui règnent dans ces lieux.
Le film aborde également la notion de transmission. Comment avez-vous exploré cette thématique à travers le personnage de Clara ?
La transmission est au cœur de « La Réparation ». Clara hérite d’un restaurant d’exception, mais elle n’a pas suivi le même parcours que son père. Paskal Jankovski a dû partir, se tromper, apprendre et grandir pour atteindre l’excellence. Clara, à vingt ans, se retrouve face à un héritage immense sans avoir parcouru ce chemin initiatique. Cela soulève la question de savoir si l’on peut véritablement hériter d’un talent sans avoir vécu les expériences qui forgent ce talent. À travers son voyage, notamment en Asie, Clara se confronte à l’inconnu et découvre d’autres cultures et perspectives, ce qui l’aide à se construire et à comprendre que la véritable réparation passe par l’acceptation de son propre parcours. « La Réparation » offre une réflexion profonde sur la perte, la quête de vérité et la transmission intergénérationnelle.
Grégory Rapuc