Soror Mea – Marie-Madeleine, la première des apôtres.
Hors-Série – Les Voix Animées
Le 22 août à la Collégiale Saint-Paul à Hyères, le 23 août à l’abbaye du Thoronet, le 24 août à la Collégiale de Villeneuve-lez-Avignon.
Depuis la présence de Cristobal de Moralès à la chapelle pontificale et celle plus tardive de Tomás Luis de Victoria au Collegium Germanicum, les musiciens espagnols et portugais servent à travers leurs motets et leurs messes les préceptes conciliaires. Au premier rang de ceux-ci, le culte des saints et des saintes donne à Marie-Madeleine un rôle prépondérant, celui de porte étendard d’un catholicisme triomphant.
Le programme « Soror mea », à travers le personnage de Marie-Madeleine, rend hommage à la féminité et à la place de celle-ci dans la musique sacrée à l’époque de la Renaissance notamment chez les compositeurs espagnols du siècle d’or.
Mais qui était Marie-Madeleine ?
Répondre à cette question est avant tout un problème d’exégèse des évangiles… Qui est-elle des trois Marie qui entourent Jésus dans le récit évangélique ? Marie de Magdala, Marie sœur de Lazare et de Marthe ou la pécheresse anonyme de l’onction chez Simon de Béthanie ? L’Église latine, depuis le pape Grégoire le Grand vers 590 n’en fait qu’une et même figure synthétique alors que l’Église d’Orient continue de les distinguer toutes les trois. La vie post-évangélique de
Marie-Madeleine quant à elle se lit dans la « Légende dorée » de Jacques de Voragine archevêque de Gênes au XIIIe siècle… son débarquement en Provence, sa prédication à Marseille, sa retraite et pénitence à la Sainte-Baume.
Cependant, la dévotion pour
Marie-Madeleine ne se limite pas à la sphère provençale où elle apparaît seulement à la fin du XIIIe siècle, elle s’étend à toute la chrétienté… Le culte de Marie-Madeleine est rare avant le Xe siècle, il ne commence à être vivant qu’au XIe siècle, qui est l’époque de son apogée dans les pays germaniques et britanniques où l’on conservait ses reliques. Une des premières était certainement arrivée en Saxe de Byzance (où le corps de Marie-Madeleine avait été transporté au IXe siècle d’Éphèse) à la suite du mariage de l’empereur Otton II avec une princesse byzantine Théophania Skleraina à la fin du Xe siècle. En France, les plus anciennes mentions du culte sont attestées à Verdun (1024), puis à Vézelay (1037), alors qu’Aix ne revendiqua son tombeau qu’en 1102, la Sainte-Baume son ermitage vers 1273 et la crypte de Saint-Maximin son corps en 1279.
La musique sacrée du XVIe siècle et tout particulièrement celle de la période post-tridentine octroie, à travers de nombreux textes, une place de choix à la Sainte ermite. La présence de
Marie-Madeleine aux côtés de Marie et de Jean au moment de la crucifixion la rapproche de la mère de Jésus allant même parfois jusqu’à la confondre en présence et en vertu.
La Missa « Prudentes virgines » est extraite du « Liber primus missarum » d’Alonso Lobo en usage à la cathédrale de Tolède et publié à Madrid en 1602. Il s’agit d’une messe parodie inspirée par le motet éponyme de Francisco Guerrero chanté lors de l’office de la sainte
Marie-Madeleine le 22 juillet. Composé sur le texte de l’évangile selon saint Matthieu (chapitre 25), ce motet à 5 voix reprend le thème biblique des vierges sages et des vierges folles. Francisco Guerrero nous propose une traduction musicale figuraliste du texte avec, par exemple, des mélismes pour évoquer le mot nocte (nuit) ou encore le traitement homophonique et homorythmique sur clamor factus est (grand bruit) pour traduire la surprise des jeunes filles et renforcer ainsi l’intelligibilité du texte. Alonso Lobo développera cette idée et ces thèmes tout au long du texte de la messe.
Pour compléter ce programme, Les Voix Animées vous proposent d’entendre parmi des motets de Manuel Cardoso et Cristobal de Moralès ceux de Raffaella Aleotti, compositrice dont les œuvres profanes, ses madrigaux, ont déjà figuré au répertoire de l’ensemble.
Cristobal de Moralès est né à Séville vers 1500, il est organiste au service des Borgia, maître de chapelle à Avila et à Plasencia. De 1534 à 1545, il est baryton dans le chœur de la Chapelle Sixtine. De retour en Espagne, il est maître de chapelle à Tolède où il a Francisco Guerrero comme élève. Il meurt à Malaga le 7 octobre 1553.
Raffaella Aleotti est née à Ferrare. Elle fit éditer ses madrigaux sous son nom de naissance Vittoria et sa production sacrée en 1593 sous son nom de religieuse Raffaella. Ce recueil est le premier de musique sacrée consacré à une femme compositrice. Elle meurt à Ferrare après 1646.
Manuel Cardoso est né le 11 décembre 1566 et il meurt le 24 novembre 1650 à Lisbonne. Cardoso fut l’ami et le protégé du roi João IV, compositeur et organiste au couvent des Carmes de Lisbonne. Ses œuvres furent malheureusement en grande partie détruites lors du tremblement de terre du 1er novembre 1755.
Alonso Lobo est né vers 1555 à Osuna et il meurt le 5 avril 1617 à Séville où il fut l’assistant et le successeur de Francisco Guerrero à la cathédrale. Sa Missa « Prudentes Virgines » s’inspire du motet éponyme composé par Francisco Guerrero.
Francisco Guerrero est né à Séville le 4 octobre 1528, il est membre du chœur de la cathédrale où il étudie avec Cristobal de Moralès. Il voyage beaucoup et édite un ouvrage « El viage de Hierusalem », récit du voyage qu’il effectue à Jérusalem en 1588. Il meurt à Séville emporté par la peste le 8 novembre 1599.
Programme
Veni Domine • Cristobal de Moralès
Exaudi Deus • Raffaella Aleotti
Facta est cum angelo • Raffaella Aleotti
Vidi speciosam • Raffaella Aleotti
Sancta et immaculata virginitas • Raffaella Aleotti
Mulier quae erat in civitate • Manuel Cardoso
Prudentes virgines • Francisco Guerrero
Missa Prudentes virgines • Alonso Lobo
Ego flos campi* • Tomás Bordalejo
Trahe me post te • Francisco Guerrero
Distribution
Sofie Garcia, soprano
Esther Gutbub, mezzo-soprano
Vincent Candalot, contre-ténor
Damien Roquetty, ténor
Camille Leblond, ténor
Luc Coadou, basse