Anthony Herbin – Retour à l’essentiel.
En concert pour le festival Faveurs de Printemps à l’Anglicane à Hyères le 10 avril 2026
Le festival Faveurs de Printemps nous plonge chaque année, avec le retour des beaux jours, dans un univers folk, explorant toutes les tendances de ce style riche et envoutant, dans deux superbes lieux, l’Anglicane et le théâtre Denis à Hyères. Tandem, notre Scène de Musiques Actuelles, invite divers artistes, dont Anthony Herbin, artiste revestois bien connu pour ses projets Boreal Wood et Lune Apache et qui revient en solo.
Quelle est ton histoire avec la musique folk ?
Finalement, tout a commencé avec ça. Mon premier instrument, c’était une guitare folk que mon père avait achetée à sa crise de la quarantaine. Lui ne s’en est jamais servi… alors je la lui ai piquée. Elle était mal réglée, pas du tout intuitive, et je n’arrivais même pas à suivre la méthode que j’avais. J’avais douze ans, je ne savais pas l’accorder, donc j’ai appris à l’oreille. Dans cette méthode, il y avait des morceaux de Bob Dylan et des Beatles, et ça a été une porte d’entrée. Ensuite, je suis parti vers des musiques plus amplifiées, mais la folk est toujours restée en fond. C’est une école de simplicité : comment créer une chanson avec presque rien, juste une guitare et une voix. Avec le temps — et aussi en devenant parent — je suis revenu à ça. Jouer dans le salon, me recentrer sur l’essentiel : qu’est-ce que je veux dire, qu’est-ce que je veux chanter. Ça m’a poussé à progresser, à travailler le fingerpicking, les accordages, à être plus exigeant dans mon écriture. On ne peut plus se cacher derrière des machines.
Tu es passé du dream pop avec Boréal Wood et du rock psyché avec Lune Apache à un projet solo folk. Pourquoi ce virage ?
Déjà, il y a un aspect très concret : ne plus dépendre des agendas des autres. J’avais envie de liberté, de pouvoir voyager léger, jouer mes chansons quand je veux. Et puis il y a une envie plus profonde. Quand tu es avec des amis et qu’on te demande de jouer quelque chose, tu as envie de pouvoir le faire, simplement. J’ai commencé à reprendre Dylan, Donovan… et récemment, le film de James Mangold « Un parfait inconnu » m’a vraiment marqué. Je me suis dit : on peut partir de rien et dire beaucoup. Même si je ne fais pas de protest song, revenir à la folk aujourd’hui, c’est aussi recréer un contexte, proposer une forme de poésie, éveiller une conscience. Mes textes sont très personnels : mon âge, bientôt la quarantaine, le fait d’être parent, le monde dans lequel on vit et qu’on a parfois du mal à comprendre.
Tu viens de sortir le single « Tuned to Joy ». Quelle est son histoire ?
Ça parle de la dépression, de cette tendance qu’on peut avoir à voir le négatif partout. Aujourd’hui, on est souvent conditionnés à ça. Moi, je pense que c’est un combat de décider de garder une forme de joie, de poésie, de contemplation. Ce n’est pas facile au quotidien — moi-même, je n’y arrive pas toujours — mais c’est une direction. J’aime beaucoup cette idée de Sylvain Tesson : l’essentiel, c’est d’avoir les bonnes œillères, choisir ce qu’on regarde. Les enfants sont comme ça. Ma fille a quatre ans, et je redécouvre le monde avec elle. Ça m’aide à voir les belles choses.
Tu travailles actuellement sur ton prochain album. Tu peux nous en dire plus ?
Oui, l’album est prêt. Il reste dans la veine folk de « Tuned to Joy » et « River Light », mais avec quelques détours. Il y a par exemple un morceau plus bossa nova, un autre qui revient vers une ambiance dream pop, un clin d’œil à Boréal Wood. J’ai tout autoproduit, enregistré au studio Coxinhell à Saint-Aygulf, puis arrangé, mixé et masterisé moi-même. Ça a été un travail très solitaire, avec pas mal de nuits blanches, mais aussi très formateur. Il y a des guitares acoustiques, des douze cordes, un peu d’électrique, des claviers, des chœurs… J’avais envie de tout maîtriser. Et pour la suite, je passe par un circuit court : je distribue moi-même ma musique, avec une prévente pour financer un vinyle, qui sera disponible après les concerts puis sur Bandcamp.
Tu joueras au festival Faveurs de Printemps à L’Anglicane à Hyères. À quoi va ressembler ce concert ?
Je serai seul sur scène, avec ma guitare. J’utilise aussi une pédale un peu comme un magnétophone pour lancer des arrangements préenregistrés — des chœurs, des éléments rythmiques. Ce sera un set d’une heure, une dizaine de morceaux. C’est la deuxième fois que je joue à L’Anglicane, et je suis très heureux d’y revenir avec ce projet. Faveurs de Printemps est un festival important. Être programmé avec ce projet tout récent, c’est fort. Je suis très reconnaissant envers les structures comme Tandem, Radio Active ou Cité des Arts, qui soutiennent les artistes locaux, ou Marc Perrot, qui a réalisé des vidéos autour du projet pour sa chaîne Les Grands Axes.
Fabrice Lo Piccolo