Antoine Guillot – Le court métrage est un laboratoire du cinéma de demain.

Hors-Série Cinéma en Liberté 2026

Journaliste, critique cinéma et producteur de l’émission « Plan Large » sur France Culture, Antoine Guillot fera partie du jury du Festival International Cinéma en Liberté cet été à Toulon. Habitué des grands rendez-vous du 7e art, il portera un regard attentif sur les talents émergents du court métrage, qu’il considère comme un véritable laboratoire du cinéma de demain.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’accepter de faire partie du jury du Festival Cinéma en Liberté ?
Il y a d’abord l’amitié avec Lisa, la directrice du festival. Mais surtout, ce qui m’intéresse, c’est le format du court métrage. C’est un espace d’expérimentation où l’on retrouve une vraie audace artistique, entre cinéma, théâtre, musique et différentes formes d’écriture. Ce qui me passionne, c’est cette capacité à innover. Les courts métrages permettent souvent de découvrir les réalisateurs et les formes de cinéma de demain.

Quand on est juré d’un festival de courts métrages, regarde-t-on les films différemment ?
Oui, parce que le modèle économique n’est pas le même. Il y a davantage de liberté. Comme le disait Jeanne Moreau, « le cinéma est à la fois un art et une industrie. » Le court métrage peut davantage s’affranchir de cette dimension industrielle. On y trouve une audace, parfois plus rare dans le long métrage. Dans l’écriture, l’image ou le jeu des acteurs, tout est souvent plus brut, plus à vif. C’est ce que nous regarderons particulièrement en juillet.

Qu’est-ce qui fait, selon vous, un bon court métrage ?
D’abord, l’écriture. Pour moi, le cinéma commence toujours par le scénario, et cela se ressent jusqu’au résultat final. Ensuite, il y a le regard du réalisateur : la manière de filmer, le geste de la caméra. Et puis l’acteur. Venant du théâtre, j’y suis très sensible. Ce qui sublime un film, c’est aussi la présence du comédien ou de la comédienne, ce qu’il ou elle dégage à l’écran.

Quel regard portez-vous sur le court métrage aujourd’hui ?
Le court métrage fonctionne avec une économie particulière, souvent en dehors des circuits classiques. Cette fragilité crée paradoxalement une vraie liberté.
C’est un terrain d’expérimentation pour les réalisateurs, scénaristes ou comédiens. Les artistes que l’on découvrira dans dix ans sont souvent déjà là, dans le court métrage, à tenter des choses. Il y a aussi quelque chose d’un peu “pirate” dans cet univers. Même avec très peu de moyens, on reconnaît immédiatement un vrai regard d’artiste. Avant d’entrer dans une industrie où il faudra parfois faire des compromis, ils peuvent encore créer avec une grande liberté de ton et de forme. Et c’est fascinant.

Un film qui vous a récemment marqué ?
J’ai revu « Un simple accident » de Jafar Panahi. J’aime énormément sa maîtrise de l’écriture. Il nous entraîne dans une histoire dont on ne sait jamais vraiment si elle relève de la comédie, de la tragédie ou du politique. La mise en scène est remarquable, parfois presque oppressante, et les acteurs sont extraordinaires. On se laisse totalement embarquer. C’est un vrai bijou de virtuosité.

Le lieu d’un festival change-t-il la manière de vivre le cinéma ?
Bien sûr. Un festival comme celui-ci permet aussi de faire découvrir des films à un public qui ne serait peut-être pas allé les voir ailleurs. Voir un film face à la mer, après le coucher du soleil, dans un lieu comme la Tour Royale, c’est une expérience particulière. Au-delà du cinéma, cela crée du partage, du vivre-ensemble et fait circuler des émotions et des regards sur le monde. C’est précieux.

Grégory Rapuc