Eric Fraticelli et Philippe Corti – Construire ensemble, détruire les clichés
Permis de détruire le 1er juillet dans les salles de cinéma
Présenté en avant‑première le 4 juin au Pathé La Valette, Permis de détruire prolonge l’univers d’Éric Fraticelli tout en en déplaçant les lignes. La comédie devient ici un espace où les trajectoires individuelles se frottent à un territoire en mutation. Aux côtés de Philippe Corti, le réalisateur corse évoque une manière de faire du cinéma fondée sur le jeu, la fidélité à une troupe et un humour du décalage.
Comment est né Permis de détruire, dans le prolongement de Permis de construire ?
Éric Fraticelli : Ce n’est pas une suite directe. Dans le premier film, je travaillais surtout sur le décalage entre la Corse et le continent. Ici, je reste dans cet univers mais je me concentre davantage sur les personnages et leurs trajectoires. Après Permis de construire, le film a trouvé son public en salles puis en VOD et à la télévision. Les producteurs ont donc exprimé l’envie d’un second volet. Mais je ne voulais pas répéter la même chose. L’idée a été de repartir du même monde, en le réinventant.
Votre cinéma joue beaucoup sur le décalage et les identités. Comment travaillez-vous ce rapport à la Corse sans tomber dans la caricature ?
Éric Fraticelli : Je pars toujours d’observations, pas de stéréotypes. Ce qui m’intéresse, ce sont les comportements humains, les frottements entre les personnes. Le personnage du pinzutu incarné par Patrick Timsit illustre bien cela : quelqu’un venu d’ailleurs qui finit par adopter les codes locaux avec une telle intensité qu’il devient presque plus “corse” que les Corses. Ce n’est pas une question de caricature, mais d’attachement et de circulation des identités.
Philippe, qu’est-ce que cette expérience de cinéma vous a apporté par rapport à vos autres univers artistiques ?
J’ai l’impression de repartir de zéro, même après plusieurs expériences. Ici, j’ai découvert une vraie précision du jeu comique. On pense souvent que c’est instinctif, mais en réalité il y a une mécanique très fine. Avec Éric, il faut être juste, écouter, comprendre rapidement. Ça m’a aussi appris une rigueur simple : arriver prêt, respecter le rythme, et ensuite seulement laisser place au jeu. C’est très formateur.
Votre manière d’écrire repose beaucoup sur les personnages. Comment cela fonctionne-t-il concrètement ?
Éric Fraticelli : Je pars toujours des personnages. L’histoire vient après. Je n’écris pas un scénario d’abord. Je construis des figures que j’ai envie de suivre, puis je cherche les situations qui les révèlent le mieux. Ensuite seulement vient la structure, et enfin les dialogues. C’est une écriture un peu inversée par rapport à ce qui se fait habituellement, mais elle me permet de rester au plus près du jeu et du concret. Mon objectif reste le même : divertir, pas donner de leçon.
Vous travaillez souvent avec les mêmes acteurs, comme une bande qui se retrouve film après film. Qu’est-ce que cette fidélité change sur un plateau ?
Éric Fraticelli : Ça change surtout la manière de travailler. Il y a une confiance immédiate, donc on va plus vite à l’essentiel. On n’a pas besoin de passer du temps à expliquer, on se comprend rapidement. Et puis oui, ce sont des gens avec qui j’ai aussi des liens dans la vie.
Philippe Corti : Ça donne une vraie sensation de bande. On arrive avec des repères communs, mais sans routine. On sait comment chacun fonctionne, et ça permet aussi d’aller plus loin dans le jeu.
Éric Fraticelli : Et ce n’est pas juste un casting juxtaposé. C’est un groupe qui travaille ensemble dans la durée, avec une écoute qui est essentielle, surtout dans une comédie.
Julie Louis Delage