BAPTISTE AMANN – Révolution et dramaturgie

Des territoires (trilogie) – Châteauvallon Scène Nationale – Samedi 21 mai 2022

Écrivain et metteur en scène avec sa compagnie « L’Annexe », Baptiste Amann présentera à Châteauvallon Scène Nationale trois pièces au cours desquelles il met en scène la rencontre entre une famille endeuillée et trois révolutionnaires.

 

Comment t’es venue l’idée de cette trilogie ?

Le projet a débuté en 2013, j’étais sorti de l’école depuis six ans. Alors acteur, j’ai eu envie de me lancer dans l’écriture en voyant la progression du paysage politique qui commençait à se tendre. En 2001, alors que j’étais au lycée, l’affaire des attentats du 11 septembre a permis à Le Pen de participer au second tour des présidentielles, l’année suivante. En 2003 c’était l’affaire Dieudonné, en 2005 les émeutes dans les banlieues… Tout à coup, le visage de la subversion me semblait se diriger vers quelque chose de réactionnaire, révélant un morcellement de la société. J’avais très envie d’évoquer cela, de m’interroger sur la forme de révolution qu’appellerait le XXIème siècle. C’est sans hésitation que j’ai décidé de situer cette question au sein d’une banlieue, coincée entre le fantasme du centre-ville et celui de la cité. Je cherchais à montrer comment une famille, dans son quotidien, pouvait être l’expression du désenchantement vis-à-vis de la question politique. Pour cela j’ai décidé de dépasser la fresque familiale et d’insérer un anachronisme dans le spectacle : l’évocation d’un événement révolutionnaire de l’histoire de France. Cette double temporalité permet d’aborder la question de l’héritage, les enjeux du déclassement et d’autres questions prégnantes de la société actuelle.

 

C’est ta première expérience de mise en scène et à la scénographie, comment as-tu vécu cette évolution de ta pratique ?

Au-delà de l’ambition un peu théorique de faire dialoguer deux époques entre elles, le théâtre que j’essaie de produire est vraiment un théâtre incarné. Ce qui m’intéresse le plus c’est voir des actrices et des acteurs s’engager dans leur jeu avec intensité. En somme, j’écris comme un acteur donnant la réplique. Mais je me suis rendu compte qu’il fallait que je me responsabilise sur d’autres aspects dont la mise en scène et la direction d’une compagnie.

 

Tu as associé la rencontre de trois révolutionnaires et la disparition d’un proche pourquoi et comment se relient ces deux thèmes ?

Pour moi la perte d’un parent pour un enfant peut être une allégorie de l’état prérévolutionnaire : l’ordre ancien s’est effondré et il faut en reconstruire un nouveau. Je voulais confronter les enjeux intimes que l’on vit lors du deuil de ses parents et les enjeux politiques qu’expérimente une société lors d’un changement de régime, confronter le désenchantement de cette fratrie avec ces figures révolutionnaires qui ont des rapports très affirmés à leur éthique et à leur conviction politique.

 

Cette pièce est hautement politique, te vois-tu comme un artiste engagé ?

Fabriquer des spectacles ne me semble pas un engagement suffisant pour me définir comme tel, quand bien même il y aurait un message politique. Mon engagement, je le situe plus dans la manière dont j’essaie d’organiser
la compagnie en interne. On essaie d’établir un rapport horizontal avec les autres membres de la compagnie, sans hiérarchie. Mais j’ai effectivement le souhait de créer un théâtre qui rend honneur aux plus humbles et qui porte la parole des personnes invisibles pour la société.

 

Valentin Calais