Brandon Masele Laura Defretin – Des clubs à la scène.
« Rave Lucid », le 5 avril dans le cadre du Festival L’ImpruDanse au théâtre de l’Esplanade à Draguignan
Dans le cadre du Festival L’ImpruDanse, la compagnie Mazelfreten de Brandon Masele et Laura Defretin, remarquée en ouverture des JO, présentera « Rave Lucid », une pièce autour de la danse électro de club, entre performances chorégraphiques millimétrées et énergie brute. Entretien avec les chorégraphes.
Rave Lucid se concentre sur les danses électro, entre battle et chorégraphie. Comment les définissez-vous ?
Brandon: La danse électro est née dans les clubs parisiens. Elle s’est développée dans ces espaces de clubbing, mais aussi dans les battles et sur scène, s’adaptant à des contextes variés, y compris le domaine commercial, tout en conservant un ancrage social fort.
Laura : C’est une danse très énergique, majoritairement axée sur les mouvements de bras, et qui se danse sur un rythme intense, avoisinant les 130 BPM.
Comment avez-vous choisi les danseurs pour cette création ?
Brandon : Nous avons réuni dix interprètes avec une parité parfaite : cinq danseurs et cinq danseuses. Il y a plusieurs générations représentées, des pionniers qui ont contribué à la naissance de cette culture et des jeunes talents que j’ai formés en 2019-2020. Ils portent notre patte chorégraphique et enrichissent la compagnie.
Laura : Nous avons fait une audition en interne et contacté plusieurs danseurs de divers horizons. Nous voulions une diversité de profils, reflétant la richesse communautaire de la danse électro.
Comment définissez-vous votre patte chorégraphique ?
Brandon Masele : Notre compagnie crée un pont entre la danse électro et le hip-hop. « Rave Lucid » met en avant des danseurs-interprètes avec un travail sur les mouvements de masse, le collectif et la synchronisation. Il y a une rigueur importante, mais aussi une écoute de l’histoire et du parcours de chaque danseur pour apporter une vérité à la chorégraphie.
Trois musiciens ont créé une bande-son originale, comment avez-vous travaillé avec eux ?
Brandon : Nous avons collaboré avec NiKiT, Fille de Minuit et Ino, trois compositeurs que je connais bien et qui sont ancrés dans le milieu de la musique électro et des sons de battle. Leur implication était essentielle pour refléter l’identité musicale du spectacle.
Laura : C’était un exercice différent pour eux : d’habitude, ils produisent des morceaux courts de trois minutes, alors qu’ici, ils ont dû composer des pièces de dix à quinze minutes. Le processus a été collaboratif, avec de nombreux allers-retours entre le studio et la salle de répétition pour affiner la musique et la chorégraphie.
Après la représentation, un DJ set est prévu. Pouvez-vous nous en parler ?
Brandon : Oui, ce sera une continuité de « Rave Lucid ». L’idée est d’inviter le public à danser, à travers un temps d’initiation aux mouvements de base de la danse electro. On explorera différents styles de musique : techno, deep house, electro house. Les danseurs de la pièce seront là pour partager ce moment, et je serai moi-même DJ pour cet événement.
Laura, tu viens du hip-hop et toi Brandon, de l’électro, comment ces deux univers se complètent-ils ?
Laura : Ces deux danses ont en commun l’improvisation et la spontanéité des mouvements, mais elles sont très différentes dans leur essence. La musique hip-hop est plus lente, avec une gestuelle plus organique, alors que l’électro met en avant les bras et une grande vitesse d’exécution. En fusionnant ces influences, nous créons un langage corporel unique qui va au-delà de la simple musique électro.
Vous avez participé aux JO de Paris 2024. Racontez-nous cette expérience ?
Brandon : C’était une expérience incroyable, rendue possible grâce à Maud Le Pladec et Thomas Jolly. Cela a renforcé les liens au sein de la compagnie et avec nos partenaires. Nous avons gagné en visibilité, ce qui a aussi changé le regard des institutions sur notre travail. Cela nous a permis de sortir de l’émergence et d’affirmer notre position dans le paysage chorégraphique actuel.
Laura : Cette expérience a aussi apporté une crédibilité supplémentaire à notre travail et nous a permis de toucher un public bien plus large que notre milieu habituel. C’est une belle opportunité pour propulser la compagnie.
Fabrice Lo Piccolo