Carole Fraresso – Cosmovision.
Exposition “Inca, l’héritage sacré des Andes“, du 20 juin au 27 septembre à l’Hôtel départemental des expositions du Var, Draguignan.
L’Hôtel Départemental des Expositions du Var à Draguignan invite à une exposition sur près de trois mille ans d’histoire précolombienne andine. Carole Fraresso, archéométallurgiste, experte de l’orfèvrerie andine, d’art précolombien, et commissaire de l’exposition, nous livre quelques informations…
Comment êtes-vous devenue passionnée d’orfèvrerie andine et d’art précolombien ?
C’est en effet une passion double, la première pour l’Amérique latine, qui m’a toujours fascinée, et la deuxième pour l’orfèvrerie, car le métal me plaît. Jeune, je voyais dans les musées des collections de parures, des objets d’orfèvrerie, en métal, et je m’interrogeais sur comment et pourquoi les sociétés anciennes avaient travaillé ce matériau. Je voulais comprendre la logique, les choix culturels, techniques ou sociétaux faits par les artisans.
Le titre de l’évènement fait ressortir le mot “Inca“, mais l’exposition traite certainement d’autres civilisations précolombiennes ?
L’exposition n’est pas uniquement sur les Incas, car pour comprendre la civilisation inca, il faut comprendre ce qu’il se passe avant. Le Pérou est un berceau de civilisation, un endroit où s’est formée une civilisation sans contact avec d’autres cultures, de façon totalement indépendante. C’est un foyer historique dans de nombreux domaines, une civilisation qui s’est développée sur plus de trois milles ans, pour devenir ce que nous connaissons sous forme de société. Quand on parle d’Amérique du Sud on parle des Incas, des Aztèques, des Mayas, tout est un peu flou, mélangé. Cela est dû aux chroniqueurs espagnols, qui lors de la conquête de ce nouveau monde ont raconté ce qu’ils voyaient, et leurs écrits diffusés partout, ont fait que depuis cinq cents ans, nous avons cet imaginaire collectif du mythe de l’Eldorado et de ses richesses. Mais les Incas ont hérités de croyances, de rituels, de réussites technologiques et artistiques qu’ils ont intégrés et magnifiés en un temps très court, car en un siècle de développement, leur empire s’est étendu sur cinq mille kilomètres ! Nous essayons donc de comprendre, au travers de l’exposition, et en présentant les diverses cultures précédant les Incas, d’où vient cet héritage.
Que raconte l’exposition ?
Ce n’est pas une exposition archéologique, nous racontons une vision du monde, différente de la nôtre, et appelée la cosmovision andine. Cette façon de voir le monde est fondamentalement centrée sur ce qui nous entoure, la nature, car ce sont des sociétés agricoles qui dépendent des cycles naturels pour garantir la survie des populations. Cette notion est ancrée dans une certaine sacralité de la nature, de l’environnement, et toutes ces sociétés ont des symboles qui leur sont communs depuis 1250 avant J-C, jusqu’aux Incas et à l’arrivée des Espagnols au Pérou en 1532. Leur monde est pensé en trois niveaux, le monde supérieur des dieux, le monde inférieur, souterrain, où croissent les plantes et où vont les morts, et au milieu, le plan terrestre où les êtres vivants doivent faire des rituels pour que ces cycles de la vie puissent continuer. Deux cent trente cinq objets sont présentés, venus de divers musées d’Amérique du Sud et d’Europe, de la céramique, de la plumasserie, des textiles, de l’orfèvrerie, des bijoux, du travail de la pierre, tous sublimes et extrêmement bien conservés.
Certains rituels présentés existent-ils toujours ?
Oui, il y a encore de nombreux rituels très ancrés, ce n’est pas du folklore, et la bière de maïs fermentée, la Chicha, est très présente dans tous les rituels agricoles, d’offrande à la terre mère, ou durant les funérailles…
Weena Truscelli