Arts plastiques

Christophe Mendoze – Deux regards, une même passion.

De la toile au grès des fleurs, Robert Mendoze et Betzy Augeron, au Musée de la fleur d’Ollioules jusqu’au 28 novembre

Robert Mendoze est un peintre majeur post-impressioniste de l’après-guerre à Toulon. Ici ses œuvres rencontrent celles de Betzy Augeron. Huiles, aquarelles, dessins et plus de soixante-dix vases en grès permettent de découvrir deux approches complémentaires de la fleur. Christophe Mendoze, fils du peintre, revient sur cette rencontre artistique.

Qu’est-ce qui intéressait votre père dans la peinture florale ?
C’était un amoureux des fleurs. Très tôt, il s’y est intéressé. Il se revendiquait comme peintre paysagiste et a naturellement été amené à peindre les fleurs dans le paysage, puis à créer des compositions. Dans notre jardin, il y avait beaucoup d’iris et de roses, que l’on retrouve dans l’exposition. Il travaillait à l’huile, à l’aquarelle et au dessin. Il cherchait à reproduire de manière réaliste ce qu’il observait, mais en s’éloignant d’un côté photographique. Il apportait sa touche, les épaisseurs, les coups de pinceau. Ici, il est intéressant de voir une exposition thématique. Lorsqu’on rassemble les œuvres autour d’un même sujet, on peut mieux en percevoir la qualité et certains détails.

En face de l’œuvre de votre père, on découvre celle de Betzy Augeron…
Betzy Augeron est une artiste peintre de la fin du XIXe. Elle faisait fabriquer des vases qu’elle décorait avec une sensibilité particulière pour le motif floral. Après des débuts à l’aquarelle, inspirés notamment par sa ville natale de La Rochelle, elle a développé un langage artistique personnel. Chez elle, la fleur quitte la toile pour investir la matière et le volume. Sur ses vases en grès, les bouquets prennent vie dans des compositions aux couleurs éclatantes, parfois presque oniriques. La fleur devient forme, relief et mouvement. Derrière ces vases se cache aussi une aventure humaine. Tout est parti d’un coup de cœur de Valérie Loaec, à l’initiative de cette exposition avec Didier Martina-Fieschi, élu à la Culture d’Ollioules, pour quelques œuvres découvertes aux puces de Paris, puis d’une recherche qui l’a conduite jusqu’à la dernière nièce de Betzy Augeron, âgée de 99 ans. Cette exposition raconte donc aussi la renaissance d’une artiste tombée dans l’oubli.

Comment avez-vous imaginé la scénographie ?
Dans la salle principale, les poteries sont présentées au centre tandis que les œuvres sur toile ou sur papier prennent place sur les murs. Une salle est consacrée à Betzy Augeron et une autre à mon père. Le mariage entre les deux univers s’est fait naturellement, notamment à travers les couleurs utilisées. Peu importe finalement que l’œuvre soit réalisée sur papier, sur toile ou sur une poterie : le motif floral crée un lien entre eux. L’exposition réunit ainsi peinture et création en grès, deux approches complémentaires d’un même sujet, avec plus de soixante-dix vases peints par Betzy Augeron. J’ai également reconstitué une partie de l’atelier de mon père : sa table, son chevalet, la chaise sur laquelle il s’asseyait pour peindre. Pour cette expo, j’ai remis des roses dans le pot dans lequel il les avait peintes. Mon père avait toujours une réflexion précise autour de la composition : quelles fleurs choisir, dans quel support les placer, sur quelle toile les peindre et avec quel fond. Et nous présentons deux montages vidéo qui illustrent la démarche des artistes

Votre père a également connu une belle reconnaissance dans le monde de l’art…
Il a été l’un des fondateurs du groupe 50 et s’y est particulièrement investi. Des marchands qui appréciaient sa peinture l’ont approché, Michel Kellermann, Armand Drouand, qui dirigeait une galerie prestigieuse à Paris ou Robert Perham, un marchand anglais qui a vendu ses tableaux aux États-Unis, et Mary Warren à Atlanta. Il a également été professeur à l’École des Beaux-Arts de La Seyne-sur-Mer.

Fabrice Lo Piccolo