Jean-Pierre Maltèse – Sous le soleil carré, la géométrie des émotions.
Jean-Pierre Maltèse, du 2 au 20 septembre à Solliès-Pont
Formé à la céramique et à la gravure, Jean-Pierre Maltèse sculpte la peinture autant qu’il la compose. Alors qu’il expose ses œuvres au Château de Solliès-Pont en collaboration fidèle avec Michel Estades, le peintre varois se confie sur son utilisation du nombre d’or, son amour de la matière et la mémoire qui alimente ses toiles.
Vous exposez du 2 au 20 septembre au Château de Solliès-Pont avec la Galerie Estades. Comment appréhendez-vous cet événement ?
C’est la Galerie Estades qui orchestre l’ensemble de l’exposition. Michel Estades sélectionne les toiles directement dans mon atelier et prend en charge toute la scénographie. C’est une grande fierté de présenter ces œuvres, dont plusieurs grands formats d’un mètre vingt par un mètre vingt, dans un lieu aussi prestigieux de notre patrimoine varois, et qui plus est en accès libre pour le public.
Votre collaboration avec Michel Estades repose sur une fidélité rare, marquée aussi par l’édition de trois monographies. Comment s’est construite cette relation ?
Nos chemins se sont croisés dans les années 1970 : alors que j’enseignais la céramique, Michel était mon élève. Nous nous sommes retrouvés en 1998 lorsqu’il a ouvert sa galerie. Ma première exposition chez lui a eu lieu à Toulon en 2002, puis à Lyon, Paris et Baden-Baden. Je lui accorde une exclusivité totale et je ne souhaite plus exposer ailleurs. C’est d’ailleurs lui qui a édité ces trois livres consacrés à mon travail, un geste précieux pour poser un regard rétrospectif sur mon évolution et fixer cette mémoire visuelle.
Vous appliquez une géométrie très stricte avec le nombre d’or avant même de poser la couleur. Quelle est votre démarche ?
Je ne commence jamais sur une toile blanche. Après avoir appliqué des jus de fond colorés, souvent ocre ou rouge, je géométrise mon espace. Je détermine le centre et pose mes quatre points d’or en plaçant mes carrés par rapport aux axes. Je construis mon dessin au fusain sur cette structure géométrique rigoureuse, puis j’attaque la peinture, essentiellement au couteau.
Vous êtes également graveur, et cela se ressent fortement dans votre travail de la matière…
Exactement. Comme je pratique la gravure à la pointe sèche et à l’eau-forte, j’incise et je gratte la peinture encore fraîche. Cela me permet de faire ressurgir les contours, des silhouettes ou des lignes structurales. Je veux qu’on puisse observer mes toiles de loin pour l’harmonie globale, mais aussi de très près pour y découvrir ces réseaux de traits gravés dans la pâte. C’est un véritable jeu sur la matière et le relief.
On retrouve souvent un motif singulier dans vos paysages : un soleil carré. Que symbolise-t-il ?
J’aime le carré car il n’impose aucun axe vertical ou horizontal strict. Ce soleil carré que j’intègre dans mes ciels, ou que je réinterprète sous forme de fleurs géométriques dans mes natures mortes, est une présence très intime : c’est un hommage permanent à mon fils qui n’est plus là. Il occupe le ciel pour lui donner un sens spirituel et affectif profond.
Si vous deviez définir ce qui résume le cœur de votre peinture aujourd’hui ?
C’est avant tout la couleur. Le paysage ou la marine ne sont finalement que des prétextes pour faire vibrer la palette. Je peins désormais de mémoire, guidé par une alchimie intérieure. Comme le disait Garouste, le peintre n’est pas là pour expliquer la peinture : le plus beau compliment, c’est lorsqu’un visiteur pose son propre regard et ses propres émotions sur la toile.
Julie Louis Delage