Coline Garcia – Quand le cirque démonte les mythes et bouscule les tabous.
Boîte Noire à La Seyne les 25 et 26 avril
Programmé par Le PÔLE, Arts en circulation, « Boîte Noire » est bien plus qu’un spectacle de cirque. Créé par la compagnie SCoM, il interroge la construction de la sexualité, les violences genrées et les stéréotypes ancrés dans l’imaginaire collectif. Rencontre avec la fondatrice de la compagnie.
Votre compagnie, SCoM, propose des spectacles engagés. Pouvez-vous nous parler de sa genèse ?
J’ai fondé SCoM en 2016, après un parcours au Centre National des Arts du Cirque. Très tôt, j’ai ressenti la volonté de m’adresser à la jeunesse, mais j’ai constaté que le cirque contemporain prenait une direction plus institutionnalisée, s’éloignant parfois du public jeune. J’ai donc choisi de créer des spectacles qui abordent des thématiques qui leur parlent directement. En parallèle, mon travail s’inscrit dans une démarche militante en faveur de l’égalité femmes-hommes, en évitant les stéréotypes de genre et en mettant les femmes au centre de la scène.
Comment est né le spectacle « Boîte Noire » et comment s’est articulée votre collaboration avec l’autrice Ayla Issou ?
J’avais déjà commencé à travailler sur le spectacle lorsqu’un appel à projet d’Arsena, « Auteur en Temps d’âme », nous a permis de nous rencontrer. Nous ne nous connaissions pas, mais notre intérêt commun pour le conte a été déterminant.Ce qui l’attirait dans le cirque était justement ce que je souhaitais remettre en question, et inversement.
Cette dynamique a nourri notre réflexion et nous a orientées vers une forme de docu-fiction. Pour construire ce spectacle, nous avons organisé des ateliers avec des adolescents issus de divers milieux socioculturels, recueillant leurs témoignages. Cela nous a aidées à affiner le propos, en créant une distance entre les interprètes et les expériences partagées.
Le spectacle interroge les stéréotypes de genre. Quels en sont les enjeux ?
« Boîte Noire » aborde des thèmes comme la première fois, la pornographie, le consentement. Nous nous intéressons à la construction de la sexualité et aux violences genrées. Trop souvent, la sexualité est perçue comme un domaine strictement privé, alors qu’elle est largement influencée par la société et ses normes.
Nous avons aussi voulu remettre en question certains mythes fondateurs. Par exemple, l’idée du prince charmant installe une vision passive de la femme. Une de nos scènes illustre cette déconstruction : une artiste escalade un rideau qui s’effondre, symbolisant la chute d’un rêve imposé. Une autre scène joue avec des pièges à loups, évoquant les dangers qui guettent les jeunes filles, en référence au conte du Petit Chaperon Rouge.
Vous questionnez aussi les codes du cirque. Comment cela se traduit-il sur scène ?
La prise de risque est un élément fondamental du cirque, mais elle est souvent associée à une performance physique viriliste. Nous redéfinissons cette notion : être suspendue à six mètres du sol pour dire un texte peut être aussi vertigineux qu’un enchaînement acrobatique.
Nous jouons aussi avec la fragilité des agrès. Certains éléments scéniques se détériorent, se détachent, interrogeant le regard du spectateur sur la notion de performance et de danger.
Et la musique, quel rôle joue-t-elle dans le spectacle ?
Elle est essentielle. Claire Gimatt a composé une création musicale originale et joue en live. Son travail crée une connexion entre les disciplines : les circassiennes chantent, la musicienne danse, brouillant les frontières. Cette fluidité permet de raconter sans rupture, avec une dynamique propre au spectacle vivant.
Que souhaitez-vous que le public retienne de « Boîte Noire » ?
Nous espérons ouvrir des discussions. C’est un spectacle qui bouscule, tant dans sa forme que dans son propos. Il questionne notre rapport à la sexualité, aux violences genrées, mais aussi aux conventions du cirque. L’objectif est de susciter une réflexion, notamment chez les jeunes spectateurs et spectatrices. www.le-pole.fr
Grégory Rapuc