Dossier spécial : Tisot – Sinclair – Remonter sur scène, c’est boucler la boucle.
En concert le 19 mars
De retour sur les routes avec une tournée pensée avant tout pour le live et le collectif, Sinclair fera étape au Centre Culturel Tisot. L’occasion d’évoquer ce retour sur scène, son rapport au groupe et une nouvelle manière, plus libre, d’aborder la création musicale.
Après plusieurs années de distance, qu’est-ce qui a déclenché l’envie de revenir sur scène aujourd’hui ?
Quand on parle de retour, on parle forcément aussi d’absence. Et cette absence, elle était nécessaire. À un moment de ma vie, j’avais des choses personnelles importantes à régler et j’ai pris de la distance avec la scène. Sans m’en rendre compte, j’ai perdu confiance, j’ai oublié de revenir. Je me suis mis en marge, j’ai laissé passer le temps. Un jour, mon associé est venu me voir et m’a dit très simplement : « Tu sais qu’il y a des gens qui ont envie de te revoir sur scène ? » Moi, j’étais persuadé que c’était derrière moi. Et puis j’ai réalisé qu’il y avait encore une vraie attente, un désir de partage. Je me suis dit : « d’accord, mais pas à n’importe quel prix ». Aujourd’hui, à cinquante-cinq ans, plus apaisé, plus solide aussi. Je sais pourquoi je monte sur scène et ce que j’ai envie d’y défendre.
Cette tournée, notamment la partie intitulée « Lumière », semble très collective. Le groupe est-il central dans ce projet ?
J’ai toujours travaillé en groupe. Je ne me suis jamais considéré comme un artiste solitaire. La scène, pour moi, c’est une relation intime avec la musique, mais aussi avec les musiciens. J’ai besoin d’une équipe soudée, de gens qui se regardent dans les yeux, qui peuvent se dire les choses franchement, sans non-dits ni tensions cachées. Cette tournée est née comme ça, puis le concept « Lumière » est arrivée comme une évolution naturelle : sortir de l’ombre, aller vers quelque chose de plus affirmé, de plus ouvert. Il y aura de nouveaux titres, enregistrés au fil du temps. Aujourd’hui, je travaille hors des schémas classiques, au ressenti, avec une liberté totale, quitte à surprendre.
Vous jouez au Centre Culturel Tisot, une salle à taille humaine. Est-ce un cadre particulier pour vous ?
Oui, ce type de salle a une importance énorme pour moi. Les lieux comme le Centre Tisot permettent une vraie proximité avec le public. On n’est pas dans la démonstration ou la performance à distance, on est dans le partage. On sent la salle respirer, on perçoit les réactions, les silences, l’écoute. Ça permet d’adapter le jeu, l’intensité, l’énergie du moment. Pour cette tournée très organique, très vivante, ce sont des espaces idéaux. Chaque concert devient différent, façonné par la rencontre avec le public et par l’instant.
Un live inédit de 2005 ressort également. Pourquoi maintenant ?
Ce live a été enregistré juste avant l’album « Morphologique ». Tout était prêt : enregistré, mixé. Mais à l’époque, j’étais déjà projeté vers l’avenir. En le redécouvrant récemment, je me suis demandé pourquoi je l’avais laissé dormir. C’est un concert avec une énergie différente, presque brute. Le sortir aujourd’hui fait complètement sens, surtout dans le contexte de cette tournée très axée sur le rapport direct au public.
Vous vivez désormais à Arles, quel lien faites-vous avec ce retour sur scène ?
Arles m’a redonné une vraie dynamique créative. J’y ai monté un collectif, produit des projets, accompagné des artistes. Produire, partager, soutenir d’autres parcours fait aujourd’hui partie de mon rôle. Tout cela a remis l’énergie en circulation. Et finalement, tout se rejoint : si je remonte sur scène aujourd’hui, c’est parce que la boucle est bouclée.
Grégory Rapuc