Dossier spécial : Tisot – Terrenoire – Une tournée qui prend le temps de tisser du lien.

En concert le 14 mars

Le duo electro pop français Terrenoire jouera à Tisot dans le cadre du « Protégé.e Tour », une tournée singulière où concerts, rencontres et actions culturelles se mêlent pour réinventer la relation entre artistes et territoires. Rencontre avec Théo Herrerias sur cette démarche ancrée localement, attentive aux enjeux sociaux et porteur d’un autre rapport à la scène et au public.

Votre tournée « Protégé.e Tour » se distingue par un fort ancrage local. Quelle était votre intention en la concevant ainsi ?
L’idée était de ralentir et de « reterritorialiser » le geste de la tournée. Habituellement, on enchaîne les dates : arrivée en fin d’après-midi, balances, concert, hôtel, puis départ le lendemain. On ne rencontre ni les villes ni les gens. Or, être artiste, ce n’est pas seulement jouer des concerts : c’est créer du lien, questionner, provoquer des rencontres, être cette tierce personne qui arrive dans un territoire et fait émerger quelque chose qui n’y était pas.
Avec cette tournée, on s’installe plusieurs jours dans une région. On arrive en amont pour mener des ateliers d’écriture, chanter avec des chorales, échanger avec des structures locales, parfois même inviter des participant·es à monter sur scène le soir du concert. Tout se construit avec les salles, selon ce qui existe déjà localement. On essaie de tisser quelque chose de sur-mesure, en lien avec les réalités sociales, humaines et culturelles du territoire.

Cette démarche demande-t-elle un engagement particulier de la part des lieux et des partenaires ?
Oui, cela demande plus d’anticipation et surtout une vision politique du rôle de l’artiste. Il faut des partenaires qui comprennent que l’enjeu n’est pas uniquement économique ou quantitatif. Beaucoup de salles, notamment labellisées, ont une mission de médiation, mais ce qui est précieux ici, c’est que cette médiation soit portée par un désir réel. On n’invente rien : le théâtre ou la danse font cela depuis longtemps. Ce qui est plus rare, c’est qu’un groupe de pop, dans un milieu très industrialisé et privatisé, en fasse un axe central de sa tournée.

Terrenoire développe une musique électro-pop très identifiable. Comment fonctionne votre binôme dans la création ?
C’est toujours un peu plus complexe qu’un simple partage des rôles, mais pour résumer : Raphaël écrit la majorité des textes et je réalise les disques, la production et le son. Il y a aussi des morceaux que j’ai composés et écrits seul. Notre musique se construit dans ce dialogue constant entre écriture, textures sonores et arrangements. Pour « Protégé.e », c’est cette méthode qui a guidé tout le travail, mais après presque dix ans ensemble, on ressent aussi le besoin de faire évoluer nos façons de créer. Nous nous sommes entourés de plusieurs personnes : Marc-Antoine Perrio, guitariste et réalisateur, qui sera sur scène avec nous à La Seyne-sur-Mer, ainsi que d’autres musiciens. Sur scène, nous serons cinq, et pour la musique à venir, le travail devient encore plus collectif.

La Seyne-sur-Mer est marquée par une forte histoire ouvrière. Faites-vous un lien avec Saint-Étienne et le quartier de Terrenoire ?
Oui, complètement. Terrenoire était à l’origine une commune ouvrière, liée à la mine. Nous avons grandi entre un monde industriel très concret et, juste derrière, la nature du massif du Pilat. À Saint-Étienne comme à La Seyne-sur-Mer, on retrouve une culture ouvrière faite d’entraide, de luttes, de fierté et d’humilité. La désindustrialisation a laissé des traces profondes : des villes meurtries, en quête de nouveaux récits. Ces héritages communs créent une langue partagée, qui continue de nourrir notre musique et notre manière d’habiter les territoires.

Grégory Rapuc