Éric Blanco – Une poésie vivante, engagée et en mouvement.
Festival Les Eauditives du 16 au 29 mai 2026 dans le Var.
Du 16 au 29 mai, le festival « Les Eauditives » investit le Var avec une programmation mêlant poésie, performance et arts visuels. Son co-créateur, Eric Blanco, défend une vision ouverte, politique et profondément vivante de la poésie.
Eric, j’ai envie de commencer avec la première phrase de ton édito : « Comment ça va le monde ? »
On se rend compte que la culture concentre beaucoup des tensions de la société et du politique, on le voit par exemple avec ce qui se passe autour des grandes maisons d’édition. Cette question, elle est à la fois simple et essentielle. Il y a peut-être, dans la culture, des pistes pour répondre aux problèmes du monde, ou au moins pour y résister. Par exemple, nous accueillons un auteur palestinien : la culture et la littérature persistent malgré l’exil et la pression coloniale. J’avais envie de mêler cette réflexion globale à la programmation du festival, de montrer que la poésie peut être un espace de résistance et de dialogue.
Quelles sont les différentes propositions du festival et le fil conducteur entre elles ?
Depuis le début des Eauditives, on défend une idée forte : le livre ne se limite pas à la page. La poésie est d’abord orale, elle existe à voix haute. Elle peut aussi sortir du livre, devenir objet, installation, performance, en mouvement. Les artistes invités sont “tout terrain” : ils et elles ont les pieds sur terre, naviguent entre le poétique et le politique. Il y a aussi une ouverture vers d’autres langues, d’autres cultures. Toulon est un port tourné vers le Levant, et c’est important pour nous d’écouter des voix venues d’ailleurs — de Turquie, de Syrie, de Palestine, de Tunisie ou du Liban. Et puis, on tient beaucoup à rester à l’écoute de la jeune génération, des artistes d’aujourd’hui et de demain. Nous promouvons aussi les créations sourdes en accueillant les artistes sourds grâce à un partenariat avec l’IVT (International Visual Theatre, Paris) pour des spectacles bilingues en LSF langue des signes + français.
Le festival s’appuie sur de nombreux lieux partenaires…
Oui, et c’est essentiel. On travaille avec des partenaires fidèles, avec qui on a appris à construire dans la durée. À Toulon, il y a la Ville, son service culturel, la médiathèque Chalucet, l’école d’art… On investit aussi des espaces ouverts comme le jardin Alexandre Ier, pour sortir des lieux traditionnels et aller à la rencontre du public. Le Telegraphe est un lieu précieux, très expérimental, qui accepte des propositions inattendues. On travaille aussi avec le lycée Dumont-d’Urville, où nous invitons par exemple la jeune autrice Héloïse Brézillon. Et hors de Toulon, on collabore avec le centre d’art de Châteauvert, la galerie Topic à Saint-Raphaël, ou encore la ZIP 22, à Barjols, avec Frédérique Guetat-Liviani qui rend hommage à Omar Khayam (poète persan) avec une exposition et une lecture. Cette diversité de lieux reflète bien l’esprit du festival.
Et du côté des expositions et des soirées ?
Il y a des formats très variés. Pour l’inauguration, l’exposition « Furoshiki », installation éphémère, réalisée par l’ESADTPM dans le jardin Alexandre Ier et une soirée de lectures et performances à l’école d’art avec notamment Gorge Bataille, Aziyadé Baudoin-Tallec, Maria Al Najjar et Célia Roux. À la galerie Topic, Régine de Bastiani rend hommage à Gary Snyder à travers le thème des oiseaux. La soirée “Voix d’Orient” au Télégraphe, avec des artistes venus du Levant précédemment cités, ou encore des rencontres autour de la poésie contemporaine avec différents auteurs, comme à la médiathèque Chalucet avec Ritta Baddoura, Héloïse Brézillon, Laurent Grison et Patrick Sirot. Nous consacrons également depuis plusieurs années, à Barjols, une journée dédiée entièrement à l’écopoésie, avec rencontres, débats et projections de films documentaires. L’idée est de montrer la diversité des formes poétiques, de défendre la “bibliodiversité” : décloisonner la poésie, la laisser circuler, muter, se transformer.
Les ateliers et le lien avec les étudiants occupent aussi une place importante…
On travaille avec des collégiens, des lycéens, des étudiants. C’est fondamental pour nous. À l’école d’art, on est fier de voir d’anciennes étudiantes participer au festival aujourd’hui en tant qu’artistes. Le festival permet de tisser des liens entre artistes en formation, émergents et confirmés. La poésie devient alors une forme d’expression accessible, au même titre que les autres arts. Ce qui est passionnant chez les jeunes générations, c’est leur capacité à hybrider, à mélanger, à expérimenter. Ils refusent les cadres rigides, les oppositions binaires. Ça bouge, ça circule, et c’est exactement l’esprit des Eauditives.
Fabrice Lo Piccolo