Pauline Clément – Dans les coulisses : là où tout se joue.

De la Comédie-Française dans les salles le 22 juillet , aux Toiles du Sud le 21 juillet à Cotignac et au Festival de la Lune le 11 août à Carqueiranne

Avec un record de quatre prix au Festival de l’Alpe d’Huez, “De la Comédie -Française” a été présenté en avant-première au Pathé La Valette le 3 juin. Lors de notre rencontre, Pauline Clément, l’actrice principale, est revenue sur la genèse du film et sur la manière dont il saisit le travail d’une troupe au plus près. Elle évoque un projet né du désir de montrer la création telle qu’elle se vit.

De la Comédie-Française propose une immersion rare dans ce qu’on appelle la Maison de Molière. Qu’aviez-vous envie de montrer de cette institution ?
La Comédie-Française est un lieu mythique, mais c’est surtout une maison vivante, traversée par une énergie collective très singulière. Après dix ans dans la troupe, j’avais envie de montrer ce quotidien-là : la précision du travail, l’humour, la solidarité, la manière dont une troupe avance ensemble. Le film n’a pas été conçu pour dépoussiérer l’institution, mais pour partager ce que nous vivons réellement. J’ai servi de passerelle entre la maison, et les réalisateurs Bertrand Usclat et Martin Darondeau, avec qui je collabore depuis longtemps. Lorsque la Comédie-Française m’a proposé de créer des pastilles vidéo pour une future plateforme, j’ai senti qu’il y avait là un terrain fertile. C’est ce lien qui a ouvert la voie au film.

Le tournage a été court, parce que la Salle Richelieu n’était disponible que cinq jours. Comment cette contrainte a-t-elle façonné le film ?
La Salle Richelieu est le cœur historique de la Comédie-Française, et sa disponibilité est extrêmement rare. Nous savions que nous n’aurions que cinq jours dans cet écrin : toutes les scènes qui s’y déroulent devaient donc être pensées avec une précision presque horlogère. Mais le reste du bâtiment était à notre disposition, ce qui nous a permis de respirer davantage et de tourner dans les espaces de travail réels de la Maison de Molière. Cette alternance entre urgence et liberté a donné au film une énergie très particulière. Travailler avec les comédiens de la troupe a été un atout immense : nous partageons un langage commun, une confiance construite au fil des années. Le film porte cette intensité, cette vivacité propre à la troupe, et c’est aussi ce qui en fait une comédie très réussie, portée par un rythme et une précision qui viennent directement du théâtre.

Le film aborde la création, la transmission, mais aussi la place des femmes dans les métiers artistiques.
Nous voulions suivre une jeune metteuse en scène qui se lance pour la première fois. Ce moment est passionnant : il concentre l’élan, la responsabilité, la fragilité. Y intégrer la maternité permettait de montrer une réalité très contemporaine : comment une artiste cherche son équilibre entre désir de création et vie personnelle. Le choix de « Macbeth » s’est imposé ensuite. La pièce porte une dramaturgie puissante et sa réputation de “pièce maudite” offrait un terrain de jeu idéal pour raconter les imprévus. Cela rejoignait aussi un principe très ancré : on n’annule pas. Cette exigence nourrit le film et donne à la comédie son énergie nerveuse, joyeuse, parfois chaotique.

Vous êtes désormais sociétaire. Comment ce statut nourrit-il votre regard sur la troupe et sur votre parcours ?
Devenir sociétaire, c’est un peu rejoindre l’histoire, mais on participe aussi à la faire évoluer. Ce qui me touche le plus, c’est l’esprit de troupe : cette manière d’être ensemble tout en laissant à chacun sa singularité. On apprend à connaître les rythmes, les besoins, les élans des autres. C’est une école d’humilité et de confiance. Le film reflète cela : la création n’est jamais un geste solitaire, elle naît d’un ensemble de forces, de regards et d’énergies partagées.

Julie Louis Delage