Eric Idle – La maison a grandi avec moi.
Idle in Provence : A Brief History of Thyme – sortie nationale le 8 septembre
Figure emblématique des Monty Python, Eric Idle était à Cotignac pour présenter et dédicacer publiquement son nouveau livre, « Idle in Provence », à l’hôtel Lou Calen, avant une projection du « Sens de la vie » au théâtre du Rocher. C’est à cette occasion qu’il nous a accordé cet entretien. Entre souvenirs, rencontres et humour britannique, il signe une déclaration d’amour à sa maison et à la Provence.
En 1971, vous avez acheté une maison à Cotignac. Que représentait alors la Provence pour vous, et pourquoi avez-vous ressenti le besoin de raconter cette histoire aujourd’hui ?
J’ai commencé à l’écrire pendant le Covid, lorsque je n’ai pas pu venir ici durant deux ans. J’étais envahi par une immense nostalgie : cet endroit me manquait. J’ai donc raconté mes souvenirs et tout ce que j’aimais ici. Il m’a fallu cinq ans pour finir. Une vie est une succession d’événements, pas une histoire : il fallait un fil conducteur. Ce serait la maison. C’est finalement l’histoire d’un homme et d’une maison.
Comment avez-vous construit « Idle in Provence » : comme un récit autobiographique, une déclaration d’amour à cette région ou une succession de souvenirs et de rencontres ?
C’est tout cela à la fois. La maison a grandi de manière organique, comme moi. Il fallait une maison d’amis, puis une cabane pour écrire… Mais les visiteurs finissaient par occuper mon espace de travail ! Je pense parfois : »Mon Dieu, je suis ici depuis 1971 ! » Quand je l’ai achetée, ce n’était qu’une cabane délabrée — une shack, en anglais. Aujourd’hui, je l’appelle mon « Shackeau » : un croisement entre shack et château !
Votre humour est profondément associé à la culture britannique. La Provence, ses habitants et son rythme de vie ont-ils influencé votre manière d’écrire ou votre regard sur le monde ?
Énormément. La Provence a d’abord été une échappée. Mais lorsqu’on s’installe ailleurs, les gens et les lieux vous influencent forcément. Je m’entraînais avec l’équipe de football de Cotignac et jouais à Entrecasteaux. J’avais trente ans, les autres environ dix neuf !
Vous fréquentez Cotignac depuis plus depuis cinquante ans. Quels changements du village et de la Provence racontez-vous dans le livre, et qu’est-ce qui, à vos yeux, est resté intact depuis votre arrivée ?
Ils sont énormes. J’ai vécu huit ans sur cette colline sans électricité. Il a fallu aménager une route et creuser à quatre vingts mètres pour trouver de l’eau. La pompe fonctionnait à l’essence. Aujourd’hui, nous avons trois cents oliviers. Nous les apportons à la coopérative, qui nous rend notre huile. Le vin, c’est très bien, mais pour moi, la véritable reine ici, c’est l’huile d’olive !
Cotignac était peu peuplé et agricole. Il est devenu touristique. La piétonisation a attiré cafés et visiteurs. Mais le village recevait déjà des pèlerins en 1519, il savait accueillir ! Tout a changé, mais ce n’est pas moins bien, simplement différent.
Vous avez choisi de présenter ce livre à Cotignac, entouré du public et de films qui ont marqué votre carrière. Qu’aimeriez-vous que les lecteurs découvrent d’Eric Idle au-delà de l’image du membre des Monty Python ?
C’est étrange avec les Monty Python, cela fait quarante ans que nous n’avons presque rien fait ensemble. Il est extraordinaire que les gens aiment toujours cet humour, car la comédie vieillit vite. Jeune, je ne regardais pas des œuvres comiques vieilles de cinquante ans ! Dieu merci, tout cela continue à vivre. C’est assez fabuleux.
Mais j’ai fait d’autres choses, notamment les Rutles, un groupe parodique des Beatles. J’ai réalisé un nouveau montage réunissant les deux films que nous avions tournés. C’était particulièrement amusant parce que c’était davantage mon travail. Les Monty Python étaient six : difficile de s’attribuer le mérite du travail de tout le monde !
Grégory Rapuc