Francis Bergèse – Une vie à dessiner les avions.

Hors série festivals 2026

Les 22 & 23 août au Domaine de la Castille

Figure incontournable de la bande dessinée aéronautique, Francis Bergèse sera prochainement l’un des invités du Festival BD de Solliès-Ville. L’occasion de revenir avec celui qui a repris les commandes de Buck Danny sur un parcours nourri de passion, d’aviation et de rencontres avec les lecteurs.

Votre nom est indissociable de Buck Danny depuis les années 1980. Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette aventure ?
Buck Danny, c’était ma bande dessinée préférée quand j’étais jeune lecteur de Spirou. J’ai découvert la série à la fin des années 1940. J’étais resté complètement passionné par cet univers. Alors, des années plus tard, devenir le successeur de Victor Hubinon, le dessinateur historique, a eu quelque chose d’assez incroyable. On peut dire que la boucle était bouclée. J’ai commencé à travailler sur la série en 1980, même si mon premier album est paru en 1983. Il y avait aussi une responsabilité : celle de reprendre une série déjà très aimée du public, avec un univers extrêmement codifié.

Votre passion pour les avions est-elle née grâce à la bande dessinée ou est-ce l’inverse ?
Les deux se sont nourries mutuellement. J’ai toujours dessiné, même lorsque je n’en vivais pas encore. En parallèle, j’ai été pilote d’observation en Algérie. L’aviation faisait déjà partie de ma vie. Ensuite, je suis monté à Paris avec mon carton à dessin pour rencontrer des éditeurs. Ça a été long et compliqué avant de réussir à vivre du dessin. Je faisais de tout : illustration, publicité, dessins techniques, journalisme aéronautique aussi. J’ai travaillé pour plusieurs journaux spécialisés et réalisé des illustrations pour des boîtes de maquettes. Il fallait multiplier les activités.

L’aviation a énormément évolué depuis vos débuts sur Buck Danny. Comment suivait-on cette évolution dans une série réputée pour son réalisme ?
Il fallait énormément se documenter. Buck Danny se voulait très réaliste, donc on ne pouvait pas se permettre d’être approximatif. Il fallait coller au plus près de la réalité, ce qui compliquait parfois le travail du scénariste comme du dessinateur. Mais c’était aussi ce qui faisait le plaisir de cette série : les lecteurs savaient qu’ils trouveraient quelque chose de crédible. Cela dit, il ne faut pas croire qu’il n’y avait que du sérieux dans Buck Danny. Il y avait aussi de l’humour, notamment avec Sonny Tuckson. J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à dessiner ce personnage et ses mésaventures.

Vous serez prochainement au Festival BD de Solliès-Ville. Qu’aimez-vous dans ce type de rendez-vous avec le public ?
J’apprécie beaucoup le contact humain. Il y a toujours une forme de complicité avec les lecteurs. Certains arrivent avec des albums très anciens, parfois usés à force d’avoir été lus. Ils racontent leurs souvenirs, la manière dont ils ont découvert la série. C’est touchant de voir que ces histoires ont accompagné plusieurs générations. Mon épouse m’accompagne souvent dans les festivals : pendant que je dessine une dédicace, elle échange avec les visiteurs. Cela crée une ambiance très conviviale.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui rêve aujourd’hui de faire de la bande dessinée son métier ?
Je lui dirais de garder les pieds sur terre et de prévoir un autre métier à côté, au moins au départ. Ce n’est pas du pessimisme, simplement de l’expérience. Vivre de la bande dessinée reste difficile pour beaucoup d’auteurs. Bien sûr, certains réussissent très bien, mais ils sont relativement rares. Il faut avant tout être passionné, prêt à travailler énormément et ne pas se décourager trop vite.
Grégory Rapuc