Frédéric Achard – Une nouvelle vision du chef-d’œuvre de Pagnol.
« Marius », le 10 avril à l’Espace Malraux à Six-Fours
Le 10 avril, Fantaisie Prod accueille « Marius », mis en scène et interprété par un amoureux inconditionnel de Pagnol. Entre fidélité à l’œuvre et modernisation du rythme, il nous livre une version à la fois intemporelle et vivante de ce grand classique. Rencontre avec le metteur en scène.
Vous êtes marseillais, parlez-nous de votre lien avec l’œuvre de Pagnol. Pourquoi avoir choisi de monter Marius ?
Pagnol, c’est une histoire de famille en Provence ! Chez nous, on le lit, on le regarde, on le vit. Il fait partie de notre patrimoine. J’ai découvert son œuvre très jeune, et à seulement sept ans, j’ai eu la chance de participé à « Marius ». Je suis tombé amoureux de son univers, de ses personnages et de cette atmosphère unique. Depuis, cette trilogie ne m’a jamais quitté. À chaque décennie, j’ai une nouvelle proposition autour de « Marius », auteur, comédien, metteur en scène… et aujourd’hui, à plus de cinquante ans, j’ai eu les moyens de le monter comme je l’avais toujours imaginé. Ce spectacle est la synthèse de tout ce que j’ai appris et rêvé de cette pièce depuis mon enfance.
Vous avez souhaité moderniser la pièce. Quels sont vos choix d’adaptation ?
Je tiens à préciser que ce n’est pas une réécriture contemporaine. L’essence de Pagnol est intacte. Mais le rythme du théâtre a changé en cent ans. À l’époque, le jeu était plus posé, plus lent, plus décomposé. Aujourd’hui, le public est habitué à un rythme plus dynamique. J’ai donc travaillé sur l’équilibre entre la comédie et le drame, pour que le spectateur passe du rire aux larmes naturellement. « Marius » n’est pas qu’une simple histoire d’amour, c’est aussi une galerie de personnages hauts en couleur. L’important, c’était de rendre justice à la puissance du texte tout en l’adaptant au rythme actuel.
Vous aviez interprété Marius dans les années 2000, et cette fois-ci, vous jouez César. Comment abordez-vous ce personnage ?
César fait partie de moi. Après avoir incarné Marius, je comprends mieux ce père bourru, maladroit dans ses sentiments, mais profondément attaché à son fils. J’ai toujours aimé ce personnage. C’est un homme seul qui élève son enfant comme il peut, avec cette pudeur propre aux hommes de sa génération. Il y a un parallèle évident avec Honorine, qui élève sa fille seule aussi. Parler à ses enfants, c’est compliqué… et c’est universel. Bien sûr, on ne peut pas évoquer César sans penser à Raimu. Son ombre est là, mais c’est une ombre bienveillante. Je ne cherche pas à l’imiter, mais plutôt à lui rendre hommage.
Parlez-nous de vos comédiens.
J’ai la chance d’être entouré d’une troupe exceptionnelle. Julien Bodet incarne Marius avec une intensité et un charisme remarquables. Patritsia Koeva, qui joue Fanny, parvient à donner toute la retenue et la force intérieure du personnage, ce qui est un défi tant ce rôle exige de pudeur. Christiane Conil, qui interprète Honorine, apporte une énergie débordante et dynamite complètement l’image traditionnelle du personnage. Fabrice Fara, dans le rôle de Panisse, donne toute l’ambiguïté de ce commerçant marseillais, notable de la rue Paradis, habile à s’adapter à son entourage. Fabien Rouman joue Escartefigue avec beaucoup de justesse : c’est un personnage attachant, qui fuit le conflit et qui, pour cette raison, est d’autant plus drôle. Pierre Blain, qui incarne Monsieur Brun, a su parfaitement capter l’esprit de ce personnage, l’étranger qui devient pourtant le confident de tous. Et puis, il y a un septième personnage : le décor. Conçu presque comme un élément cinématographique, il plonge immédiatement le spectateur dans ce bar du Vieux-Port mythique.
Fabrice Lo Piccolo