Gérard Jugnot – Le rire est une façon de désamorcer la bombe.
Mauvaise Pioche au Festival de la Lune le 15 juillet à Carqueiranne
Invité du Festival de la Lune, à Carqueiranne, Gérard Jugnot viendra présenter cet été « Mauvaise Pioche », sa comédie inspirée d’un fait réel. L’occasion pour l’acteur et réalisateur d’évoquer son attachement au cinéma populaire, au Sud et à ces rencontres privilégiées avec le public.
Vous êtes un habitué du Festival de la Lune à Carqueiranne. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce rendez-vous estival ?
Ce que j’aime d’abord, c’est le principe même du cinéma en plein air. L’été, beaucoup de gens ne vont pas forcément dans les salles traditionnelles. Ce type de manifestation permet de toucher un autre public. Et puis, il y a quelque chose de très familial. On se retrouve, on attend que la nuit tombe, on regarde les étoiles avant la projection… Alix Ferraris, qui fait vivre le théâtre de verdure, se démène pour proposer une programmation de qualité. Voir un film avec plusieurs centaines de personnes, entendre leurs réactions, leurs rires, c’est très excitant. Il y a un véritable échange avec le public, une énergie collective qui est toujours très gratifiante. Vous viendrez y présenter « Mauvaise Pioche ».
Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette histoire ?
À l’origine, je voulais m’intéresser à la façon dont une erreur peut s’emballer. Entre les erreurs policières, les fuites dans les enquêtes, les chaînes d’information continue et la course au scoop, certaines personnes peuvent se retrouver broyées très rapidement. J’avais envie de raconter l’histoire d’un homme accusé à tort, tout en restant dans la comédie. Car pour moi, la comédie n’est pas un sujet, c’est une forme. On peut parler de choses graves en faisant rire. C’est même parfois la meilleure façon d’aborder certains sujets.
Justement, le rire est-il plus fort lorsqu’il naît d’une situation dramatique ?
Je le crois, oui. Il existe des passerelles évidentes entre le rire et les larmes. On parle bien de « pleurer de rire ». Le rire permet souvent une forme de décharge émotionnelle. Il aide à désamorcer les situations les plus tendues. Dans mes films, il y a presque toujours un fond assez sérieux, mais je n’ai jamais eu envie d’ennuyer les spectateurs. Le drame existe déjà suffisamment dans la vie quotidienne et dans les journaux. La comédie permet d’aborder ces réalités autrement, sans les nier pour autant.
Le film a été tourné en partie en Provence. Quel regard portez-vous sur le Var comme territoire de cinéma ?
Le Var possède des paysages absolument magnifiques et surtout une nature remarquablement préservée. En quelques kilomètres seulement, on change complètement d’ambiance et de décor. C’est une richesse formidable pour le cinéma. Après, d’un point de vue pratique, les productions se tournent souvent davantage vers Marseille, où l’on trouve beaucoup de techniciens, de comédiens et d’infrastructures. Cela simplifie l’organisation des tournages. Mais le Var a des atouts extraordinaires et il serait dommage de ne pas les exploiter davantage.
Votre cinéma a toujours cherché à toucher le plus grand nombre. Est-ce une volonté qui vous accompagne depuis le début ?
Oui, complètement. J’ai grandi avec un cinéma populaire et j’ai découvert plus tard un cinéma plus exigeant. Très tôt, j’ai eu envie de mélanger les deux. Dans les films que je réalise, j’essaie toujours d’avoir un point de vue, quelque chose à raconter, tout en restant accessible au plus grand nombre. Je n’ai jamais voulu laisser une partie du public sur le bord du chemin. Les grands films sont ceux qui parlent à tout le monde, chacun y trouvant son propre niveau de lecture. C’est ce qui fait la force de films comme ceux de Disney ou « Toy Story » : les enfants et les adultes y trouvent chacun leur compte. C’est cet équilibre que j’essaie modestement de rechercher dans mon travail.
Grégory Rapuc